Les Clubs emmurés, la culture havraise muselée ?

Les Clubs Le HavreC‘est en flânant avenue Foch lors dans la fraîcheur hivernale qu’il nous vint une impression étrange : un silence et une obscurité inhabituelle suffit à nous immobiliser devant l’entrée de l’ancien local des Clubs, condamné vulgairement par un bardage en bois déshabillé. Un brin bisounours, on a d’abord cru que la Ville se lançait dans de grands travaux avec à la clé un projet ambitieux, mais la vérité était en réalité bien moins licornesque : nous prenions subitement conscience que ce lieu, qui pour quelques générations aura pourtant été une lanterne dans cette pénombre culturelle qu’est devenue l’avenue Foch, s’éteignait dans une clandestinité totale telle la sépulture du soldat inconnu. La fermeture de ce lieu symbolique nous a alors valu une bonne discussion d’hiver mouvementée sur la culture et l’associatif au Havre, dont même l’ivresse d’un rhum arrangé n’aura pas réussi à adoucir notre humeur pamphlétaire. Alors une fois n’est pas coutume, on vous le livre tel quel.


Petit récapitulatif historique : suite aux difficultés financières du cinéma Les Clubs, dont est en partie responsable le rapatriement du Gaumont en ville, la municipalité s’était portée acquéreur des locaux. Puis, elle fit le choix d’y porter temporairement le projet « pôle art et essai » du cinéma Le Sirius, qui finit par reprendre ses – magnifiques – locaux du cours de la République en août dernier. Ce qui précipita sa liquidation. Mais depuis, côté avenue Foch, plus rien.

C‘est vrai quoi, si le temps du cinéma de quartier est peut être révolu par les abonnements de streaming en ligne et le matériel de diffusion aux exigences toujours plus élevées, Le Havre manque cruellement d’offre en la matière, et on ne pouvait pas imaginer que ce lieu ne conserve pas au moins partiellement sa vocation de diffusion culturelle. On espérait par exemple qu’il deviendrait the place to be de l’associatif du centre ville pour enfin stopper l’exode centrifuge des associations au vu des loyers exorbitants du quartier. On s’est aussi pris à rêver d’un café-théâtre, public ou privé, soutenu par une municipalité qui dans un premier temps aurait par exemple laissé le local à un loyer symbolique. Un projet qui vient justement de voir le jour à Rouen.
Mais l’absence de communication sur le sujet a fini par nous sortir de nos rêveries. Si c’était le cas, comment se fait-il que nos élus n’aient pas déjà saturé la presse locale de leurs communiqués et autres interviews surpréparées habituels ?
les clubs le havre

Le Sirius, locataire temporaire des Clubs. Crédit photo : Le Sirius

La vérité a alors fini par éclore : il arriva à nos oreilles que la Ville avait mis le local en vente. Une douche devenue rapidement glaciale quand la mairie nous confirma oralement que plusieurs « dossiers étaient en discussion », mais dont tous avaient pour but de réaliser des logements. Il n’existerait pas de cahier des charges pour conserver une activité culturelle ou associative sur ne serait-ce qu’une partie du lieu.
De source moins officielle, qui resteront à l’état de rumeurs de comptoir, de grands groupes nationaux s’en seraient déjà mêlés pour convertir le lieu en logements silencieux et rentables. Non contents pour certains de nous arroser quotidiennement de programmes télé débiles qui feraient passer le fordisme pour de l’éducation populaire, certains Charlots en profiteraient donc, de manière complètement légale, pour faire du profit sur les ruines de notre histoire culturelle.
Tout ça prête quand même à réfléchir et à s’interroger. Ce genre de décision publique complice et court-termiste, d’abord en rachetant le lieu d’un geste héroïque, puis en le liquidant sous les radars médiatiques, contribue à emmurer ce poil à gratter politique qu’est la culture. Pour autre exemple, même si le fort de Tourneville abrite un complexe musical absolument génial, il reste quand même le résultat de la migration tantôt choisie, tantôt forcée de certains équipements culturels du centre ville derrière de grands remparts qui les soustraient à la vue et aux oreilles de tous.
Pourtant sous toutes ses formes, artistique comme politique, la culture invite à la surprise, à l’imprévu et au questionnement sur soi. Elle se diffuse tel un murmure insaisissable qui résiste à l’uniformisation. Alors l’isoler et la ghettoïser revient à la limiter, à ne la rendre accessible qu’à une démarche volontaire et à faire en sorte que le monde associatif quelqu’il soit ne soit accessible qu’aux passionnés déjà impliqués. En résumé, c’est le forcer à rester confidentiel. Plus exactement, c’est un moyen insidieux qui pousse les gens à ne pas se parler, à ne pas se fédérer. Bref, restreindre la culture à des impulsions politiques calculées via des choix de subventions, c’est évidemment en garder le contrôle, et s’en attribuer le mérite dans les éditos de LH Océane.
Alors oui, heureusement que Le Havre dispose déjà d’un tissu d’associations considérable. Heureusement que des personnes passionnées et passionnantes, qui travaillent souvent dans des conditions à la limite de la décence, contribuent à faire vivre cet épanouissement intellectuel et humain qu’est l’implication associative. Pour autant d’initiatives qui ne sont pas mises en place pour permettre à tous de découvrir des groupes de musique locaux ou des expositions dans des lieux insolites, en ville haute et en ville basse, dans des lieux privés ou public, en intérieur ou en extérieur, ce sont combien de moments de partage et d’éveil manqués ? Une chose est désormais certaine : l’avenue Foch n’aura désormais plus jamais nos rires et nos larmes de cinéphiles amoureux de la culture havraise.
Adieu Les Clubs.
les clubs Le Havre

Crédit photo : imagesduhavre.wordpress.com

3 réactions sur “Les Clubs emmurés, la culture havraise muselée ?

  1. Je pense que les habitants un peu bobo de l’avenue foch ne sont pas étranger à cette décision ils n’ont pas envie de vivre les aléas des rues piétonnes avec les nuisances des bars et des restaurants le soir

    1. Bobos? Ya que des vieux richards avenue foch

    2. Il n’est ni question de bar, ni de restaurant. Rien de bruyant, juste du vivant !

Et vous, vous en pensez quoi ?