Dans les coulisses du Théâtre des Bains-Douches

Ludovic Pacot-Grivel est directeur du Théâtre des Bains-douches depuis 10 ans. Havrais d’origine, il est parti à Paris étudier le théâtre et a fini par revenir chez lui. Rencontre avec un professeur et metteur en scène passionné qui a accepté de nous recevoir pour parler de ce théâtre de proximité, au fort potentiel créatif et pédagogique.


UN THÉÂTRE ACCESSIBLE…

C’est en 1989 que le TBD a vu le jour, dans le but d’ajouter un petit théâtre à la ville haute à l’époque perçue comme un désert culturel. Pour des raisons économiques, il ne fût pas construit mais aménagé dans les anciens bains douches municipaux, un lieu idéal pour sa hauteur sous plafond confortable et ses volumes intéressants. Une idée un peu farfelue, envisagée à l’époque comme une solution provisoire d’où son côté décalé qu’il préserve encore aujourd’hui. 27 ans plus tard, le TBD est toujours debout et s’est taillé une place de choix dans l’identité culturelle du Havre.

Ludovic,

Comment peut-on résumer l’esprit du TBD ?

« Le théâtre offre un rapport très intime au spectacle, l’équipe est réduite, nous sommes quatre pour porter ce projet, beaucoup de spectateurs nous connaissent par nos prénoms et c’est certainement pour cela que le mot convivialité est souvent associé au Théâtre des Bains-Douches. Nous sommes situés dans un quartier qui n’est pas le mieux doté en outils culturels et nous y attachons beaucoup d’importance. Il est facile de pousser la porte de ce théâtre, le prix des places est accessible, autant d’atouts qui font du Théâtre des Bains-Douches un endroit idéal pour devenir un spectateur curieux et exigeant. »

40% du public du Théâtre des Bains-douches à moins de 26 ans. Presque la moitié des visiteurs sont des étudiants, des élèves, des jeunes qui font leurs premiers pas dans l’émerveillement du théâtre. C’est une proportion conséquente qui souligne que le théâtre n’est pas qu’une affaire de cols roulés. Le TBD remplit  donc avec brio sa mission d’attirer le jeune public vers la ville haute, et si ce privilège est rendu possible, c’est bien grâce à ses tarifs abordables : place plein tarif à 20€, la place « moins de 26 ans » à 9€ et la place chômeur/étudiant à 6€ seulement. Le TBD apporte la culture à des publics parfois éloignés mais dont l’intelligence et la sensibilité sont pourtant les mêmes d’avoir accès à la culture. Il revendique ainsi son importance de théâtre de quartier populaire de ville haute dont l’offre culturelle ne cesse de s’étoffer avec la présence du Tetris, du Sonic et du Bastringue.

…ET  ACTEUR DE SA VILLE

Le Théâtre Bains-Douches est un théâtre à échelle humaine – 90 places, ce qui lui permet d’être le laboratoire d’expériences théâtrales les plus fascinantes. L’ équipement et les outils, dont il est équipé, un plateau de 10 mètres d’ouverture et de 5,4 mètres de hauteur ainsi que du matériel son et lumière, sont mis à disposition de jeunes compagnies en recherche ou en création 280 jours par an. Une durée exceptionnelle justement rendue possible par sa petite taille. Il est l’incubateur du matériel scénique de demain, curieux d’expérimenter, de découvrir et de former de nouveaux comédiens.

Quelle est la place du TBD dans l’écosystème culturel du Havre ?

« Le Théâtre des Bains-Douches accorde une large place à la jeune création française. Nous proposons des objets singuliers et c’est pour cette raison que le public se déplace. La curiosité, l’envie d’être étonné sont au centre du projet.

Les coupes budgétaires mettent en danger les lieux comme le Théâtre des Bains-Douches et beaucoup disparaissent. Nous n’échappons pas à la règle, la Ville du Havre, notre principal financeur a dû revoir son engagement à la baisse et si nous sommes debout aujourd’hui c’est grâce au soutien de la Scène Nationale, le Volcan. 

Pour les équipes artistiques, le Théâtre des Bains-Douches est un champ d’expérimentation fondamental, devenu très rare donc précieux. Il est indispensable de donner des outils aux jeunes artistes de demain, de leur donner la possibilité d’exprimer leur talent pour qu’il éclate au grand jour et alimente ensuite les « grands théâtres ». Contre vents et marées, c’est ce que nous nous acharnons à faire au Théâtre des Bains-Douches et nous avons acquis en la matière une jolie réputation.

Bien sûr, nous travaillons avec tous les acteurs culturels de la Ville. Nous défendons plusieurs projets avec le Volcan, nous participons au festival Pharenheit avec le Phare, Centre Chorégraphique National du Havre. Avec le Tetris, nous avons créé le festival Up Town. Le Conservatoire Arthur Honegger est un partenaire privilégié puisque nous sommes également un lieu de formation artistique. »

Si le TBD est le premier maillon de la chaîne théâtrale, la fonction du Volcan est celle du grand final, d’accueillir les grands spectacles. Il demeure néanmoins un vide intermédiaire pour la ville du Havre :

« Le Volcan, le Théâtre de l’Hôtel de Ville, le CCN « Le Phare », Le Tetris : le Havre est doté de très beaux outils culturels. Si l’on ajoute le Sonic et son école, il n’y a pas de quoi se plaindre. Pourtant, au regard de ses ambitions, il manque au Havre des outils essentiels. Depuis la naissance de la magnifique médiathèque Niemeyer, probablement l’une des plus belles du pays, le Volcan est orphelin de ses bureaux, mais surtout de son « Petit Volcan ». Cette salle est le maillon manquant entre les lieux comme le Théâtre des Bains-Douches et les grands théâtres. C’est la salle qui permettrait d’accueillir les compagnies qui ne remplissent pas encore les 800 places du « Grand Volcan » et elles sont nombreuses. Les moyens financiers sont partout revus à la baisse et rares sont les compagnies qui, aujourd’hui, ont les moyens de produire des spectacles sur le plateau du « Grand Volcan ». 

Il faut que le Havre ait l’ambition de se construire une nouvelle salle de taille moyenne, comme il faudrait qu’elle s’équipe d’un auditorium ou encore d’une école de théâtre par exemple. Ces équipements sont présents dans toutes les grandes villes de France et si le Havre veut un jour prendre la place qui est la sienne, c’est-à-dire celle de plus grande ville de Normandie, il faudra qu’elle consente ces efforts. Plus facile à dire qu’à faire… mais le Havre affiche de belles ambitions pour cette année 2017. Nul doute que l’énergie qui en découlera nous portera vers un futur ambitieux pour et surtout AVEC les havrais. »

Merci Ludovic.

Prochainement le 09 et 10 mars, le Théâtre des Bains-Douches accueille Nés poumon noir : un spectacle de rap autour du thème de la renaissance, par la culture et la fête, de l’ancienne cité minière Charleroi. C’est l’occasion de venir vérifier par vous-même le caractère familial de ce petit théâtre qui joue bel et bien parmi les grands.


Théâtre des Bains-Douches

22 rue Lo Basso

Site du Théâtre Bains Douches

Page Facebook du Théâtre Bains-Douches

Crédit photos : Théâtre des Bains-Douches

 

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