Le bouche À Oreille : pour dîner heureux, dînons cachés

le havre le bouche à oreille

La rue Paul Doumer. Cet axe bipolaire sur lequel règne à la nuit tombée le solitaire McDaid’s, l’indétrônable irish pub dont les éclaboussures de bière ont marqué l’histoire des caniveaux. La journée, la rue semble reprendre des couleurs grâce à l’effort des commerçants qui ont entrepris de se serrer les coudes pour enrayer sa réputation de zone fantôme. Le petit bonhomme de bois constitue par ailleurs l’ultime frontière de cette nouvelle zone de vie. Le reste de la rue, en revanche, c’est une autre histoire. La couleur de l’éclairage public passe alors du blanc rassurant à un jaune blafard. Si l’on flâne en direction de la plage, on favorisera la promenade bucolique de l’avenue Foch située en parallèle, plutôt que de faire face aux immeubles bétonnés et aux écriteaux de fermeture. Même la Ville n’a pas pris la peine d’installer les décos de Noël plus loin. Plus on s’enfonce, moins l’activité du centre rayonne et le silence écrase le brouhaha des piliers de bars. Et pourtant, c’est bien dans ce bout de rue qu’on nous avait tout indiqué la présence de ce petit restau qui nous attirait pour satisfaire une occasion un peu spéciale et avait déjà refusé de nous inscrire dans leur carnet déjà plein. Alors, que peut-il bien se cacher au fond de ce puits sans fond horizontal ? Afin de lever nos doutes, le moment était venu de prendre un soir la décision d’atteindre cette enseigne orange timidement éclairée, nichée entre un traiteur-charcutier et une boutique de partitions musicales qui semble perdurer contre vents et marées. Apparaît alors une façade discrète et intimiste, dont les rideaux tirés derrière la porte d’entrée privent les regards curieux des badauds égarés. Plus de doutes alors, ce restau que nous recherchions ne se trouve pas par hasard. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a bien trouvé son nom : Le bouche À Oreille.


le havre le bouche à oreille

Assiette apéritive comprise dans le menu : concassé de carottes et velouté de potimarron (crédit photo : le bouche À Oreille)

Le bouche À Oreille semble retiré du reste du monde afin de privilégier ses convives. Seulement quelques tables y sont dressées lors d’un service unique, ce qui nous poussera à rester courtois avec nos voisins qui resteront les mêmes tout au long de cette soirée confidentielle. En constatant la taille réduite de la salle, l’établissement semble de prime abord destiné à une soirée en couple ou en famille réduite. La volonté de l’équipe de choyer le client est alors presque palpable dès l’accueil et force est de rapidement constater que le service efficace confirme l’impression que nous nous faisons de l’établissement. La carte se parcourt brièvement, après s’être imprégné de la déco grise et rouge inscrite dans une ambiance résolument contemporaine. S’offre alors à nous le choix entre deux menus entrée/plat/dessert à 21 et 31 euros. Les habituels indécis apprécieront pour l’occasion le casse-tête réduit, qui d’habitude infligent la question existentielle du choix de leur plat aux autres hôtes de la table. Qui n’a jamais baillé aux corneilles pendant que l’autre s’apprête à réaliser une étude de marché pour choisir entre la bavette et la daurade ? La possibilité de mixer les deux menus pour 28 euros permettra alors d’y trouver son compte pour un rapport qualité/prix tout à fait correct.

 

 

le havre le bouche à oreille

Noix de veau à la sauge et fond de veau (crédit photo : le bouche À Oreille)

Le bouche À oreille propose une restauration traditionnelle avec une cuisine raffinée, semi-gastro. On est loin de l’ambiance bistrot des Halles. Pas question ce soir de céder aux caprices d’une entrecôte ou d’un burger du chef. Une fois la commande passée, l’apéritif inaugure les festivités culinaires avec une bouteille de blanc, un Valencay pour l’occasion, pendant qu’une assiette inattendue d’amuse-bouches comprise dans le menu s’invite à table, comprenant un concassé de carottes et une mousse de potimarrons qui auront un certain don pour réellement amuser la gueule. L’entrée pointe alors déjà le bout de son nez : oeuf mollet au chorizo façon risotto aux épices trappeur et mousse de parmesan pour l’un ; velouté de potimarron et saumon mi-cuit à l’huile d’argan et pignons de pin pour l’autre. Difficile d’identifier toutes les saveurs dansant sur le palais tant c’est la surprise-partie en bouche. En ce qui concerne le plat, la noix de veau réduite dans son fond de veau à la sauge vient faire concurrence au carrelet poêlé au poivre citronné accompagné d’une mousseline de carottes et son émulsion de citron confit. On ne fera pas semblant de se prendre pour une critique gastro, mais le fond de veau est élaboré par le chef lui-même et ça se ressent sur le palais. On en perdra pas une goutte, à grands renforts d’un pain levé sur place.

L’assiette gourmande

Pour finir ce dîner aux milles saveurs loin des regards indiscrets, on s’autorisera l’assiette gourmande composée d’une terrine de pain perdu à la confiture de lait, d’une marquise au chocolat à crème de coco et glace caramel, d’une crème brûlée vanille au thé fleur de cerisier et d’un sorbet fraise – la petite touche glacée pour faire coulisser tout ce beau monde au fond de l’estomac. Le tout s’avère digeste et l’on ne quitte pas la table avec cette impression d’arriver à terme d’une grossesse indésirée, d’autant que le service est rapide. Ne nous reste plus qu’à quitter ce restaurant en frêle équilibre sur le fil du monde décivilisé de la rue Paul Doumer. Une fois devant la porte, seule une question nous brûle finalement les lèvres : bien que cette adresse nous ait été autrefois chuchotée, est-ce bien raisonnable à notre tour de la partager ?

Compter 15 jours d’attente pour un soir de week-end, réservation fortement conseillée.


Le bouche À Oreille

19 rue Paul Doumer

Page Facebook du bouche À Oreille

Le Havre le bouche à oreille

Déco contemporaine (crédit photo : le bouche À Oreille)

Et vous, vous en pensez quoi ?