From everywhere, in love with LH – par un havraisemblable

Le HavreParadoxalement, avant de la quitter, j’étais du Havre, mais je n’étais pas Havrais. En fait je suis devenu havrais en essayant de fuir.

Après y avoir grandi, il fallait faire comme tout le monde, partir et se découvrir.
Voyager, voir le monde, avoir des histoires à raconter, être quelqu’un.
Et puis, à 20 ans, on est personne et c’est forcement mieux ailleurs.
Mais quand on court, on est souvent rattrapé.

Rattrapé par les Havrais, amis et famille d’abord.
Parce que lorsqu’on ne pose son sac que quelques mois à un endroit, les gens n’investissent pas vraiment dans une relation avec vous.
Au mieux quelques verres et une soirée ou deux mais guère plus.
Découvrir des chouettes endroits sans pouvoir les partager devient de moins en moins amusant au fil du temps.
On se prend alors à appeler la famille, les amis restés là-bas.
Ils sont contents de vous entendre, parfois ils sont amusés que vous soyez nostalgiques. Certains sont carrément amers que vous soyez parti.
Mais toujours vous vous rendez compte que là-bas, la vie se passe très bien de vous.
Les couples se font, se défont, se marient, vos amis d’enfance deviennent parents, vos parents vieillissent, vos anciens s’en vont.

Vous êtes ensuite rattrapé par vos origines.
En discutant au gréé des rencontres dans les villes successives où vous avez pu étudier et vivre, qui s’intéresse à vous finit toujours par vous poser la fameuse question : « Et toi, tu viens d’où ? »
Il vous faut alors vous définir.
Au début vous dites que vous venez de Normandie. C’est classe, connu partout dans le monde et personne ne pose de question si vous ne précisez pas la ville.
Et puis au fur et à mesure du temps, vous prenez de l’assurance. Et un jour que vous faites le fou, vous osez : « Je suis du Havre ».
Vous installez ensuite vous même un silence gênant avant que la personne ne le rompe en disant « ah ok cool, ben je connais pas du tout. Si je passe dans le coin je t’appelle et tu me feras visiter ? » – « euh oui ok, avec plaisir ». Vos pensées fusent, vous êtes ailleurs.
Non seulement vous réalisez que c’est passé crème mais qu’en plus, le seul problème dans l’histoire, c’est vous.

Le Havre Saint Joseph
Et c’est justement ça le déclic. Non, les gens n’ont pas partout quelque chose de négatif à dire sur le Havre.
Parfois ils s’en fichent, souvent ils sont bienveillants.
Ailleurs on laisse sa chance au Havre, son histoire et la façon dont vous la racontez peuvent même attirer la sympathie.
C’est là que vous vous surprenez. Au lieu d’être sur la défensive en évoquant votre ville, vous assumez vos origines. Mieux, vous les revendiquez.
En vendant votre ville natale, vous affirmez votre identité.


A
u fil des discussions, vous comprenez que vous cherchiez ailleurs ce qui était tout près de là où vous avez grandi.
Vous découvrez la fierté d’être quelqu’un. Vous vous sentez entier, content de voyager mais fier de votre point de départ.
Pour combler le manque du Havre que vous ressentez de plus en plus, vous vous surprenez à regarder les nouvelles normandes sur internet.
Vous vous remémorez des discussions avec les anciens du Havre, avec vos grands parents et vous consultez des blogs amateurs sur l’actualité et l’Histoire du Havre.
Vous commencez à comprendre que votre voyage était avant tout intérieur, que vos points de départ et d’arrivée ne font qu’un.

Vous le savez, votre maison comme vous l’appelez désormais, est perfectible et mystérieuse. La preuve, elle ne se livre parfois que tardivement à ses propres enfants.
Mais c’est maintenant évident, c’est chez vous. Vous avez envie de vous l’approprier pleinement, d’y investir votre énergie.

Alors le mois prochain je boucle mon périple.
J’en reviens optimiste pour ma vie et pour ma ville.
Ça ne m’empêchera pas de repartir en voyage et de rester curieux d’ailleurs. Mais mon port d’attache est ici.
Merci à ceux qui m’ont laissé partir. C’est grâce à vous que j’ai compris.

– un havraisemblable

Le Havre petit port

Vos réactions sur “From everywhere, in love with LH – par un havraisemblable

  1. rien à secouer ! plein de gens peuvent dire la même chose de l’endroit où ils sont nés …je reste sur la chanson de Brassens qui parlent des cons qui sont nés quelque part …à chacun ses racines !! pas de quoi en faire un fromage …

Et vous, vous en pensez quoi ?