Cet été, je suis parti au Havre – 1 an des Havraisemblables

img_20161012_110126_processedVous le sentez ce changement d’atmosphère en ville ? Les trottoirs qui s’éclaircissent, les rues qui retrouvent un calme qu’on a que trop connu, le thermomètre qui reprend son niveau havrais… C’est la rentrée qui annonce avec elle son lot de changements. Les soirées d’été, qu’elles soient bien arrosées sous le coucher de soleil dionysien ou copieuses sur les terrasses des halles centrales, font une fois de plus place aux promesses d’une nouvelle année au Havre. Pour certains la rentrée prend effet en passant les portes de l’université, le sac à l’épaule pour un premier jour de classe. Pour d’autres c’est simplement reprendre le boulot d’un air un peu absent, les pensées toujours braquées sur ces quelques semaines de liberté qu’on appelle vacances.



L
e quotidien havrais a encore changé des vies cet été. De nouveaux étudiants fraîchement arrivés en centre ville, pleins d’espoir pour ceux qui connaissent des locaux, déprimés pour ceux à qui on a menti en assurant que c’était la ville la plus polluée de France. J’ai vu du pas de ma porte mon nouveau voisin s’installer d’un air mal assuré, se demandant ce qui l’attendait ces trois prochaines années dans notre chère Ecole de Management de Normandie. C’est avec un large sourire que je lui ai tendu une main, sachant que cette ville allait faire son œuvre sur lui comme elle l’a faite avec moi. Je sus instantanément que je partagerai avec lui mon attachement pour ma ville et que je lui montrerai la marche à suivre. Une ville qui est bien plus qu’un lieu où boire, manger ou travailler. Ce n’est pas un lieu de passage renommé pour sa vie nocturne exceptionnelle. C’est un havre de vie. Le Havre est une ville de cœur que l’on ne quitte que pour mieux y revenir.

Cet été je ne suis parti que peu de temps en vacances. C’était l’occasion de profiter de ma ville avec mes amis de passage. L’un vient pour la première fois, l’autre revient avec un enthousiasme débordant, me suppliant de l’emmener au Fifty’s American Diner et de retourner au LH Concept Store pour se prendre un nouveau T Shirt qui complétera sa collection. J’accompagne le premier d’entre eux pour ses premiers pas sortis de la gare à la tombée du jour, vivant avec lui sa première impression de la ville. Après avoir traversé une zone industrielle froide et inhospitalière, nous voici longeant les docks Vauban occupés par leurs voiliers paisibles, puis le Bassin du Commerce, faisant office de tapis rouge menant au Volcan qui trône fièrement au milieu de l’espace Niemeyer. Le contraste est saisissant. Direction la plage. Le tram nous double à la porte océane, et nous faisons face à la grande roue estivale, baignant dans les derniers rayons du soleil parti se coucher derrière le bout du monde. La Californie à deux heures de Paris.

img_20161012_174641_processedUn été au Havre c’est se laisser bercer par les célébrations de la ville. C’est assister au feu d’artifices du casino qui fête son anniversaire sur le Bassin du Commerce, avant d’aller boire un verre et de croiser Anne Roumanoff à l’Eau Tarie. Certaines célébrités font leur apparition, mais discrètement, gardant jalousement la clé du paradis pour eux-mêmes sans jamais l’ébruiter. Mais quel meilleur moment pour venir visiter le Havre que lors du passage du Tour de France, qui n’était pas venu rendre hommage à Auguste Perret depuis vingt longues années ? La ville était en ébullition à l’approche de l’heure du passage de la caravane. Les magasins arboraient fièrement leurs couleurs sur leurs enseignes, profitant de l’occasion exceptionnelle pour faire leur coup de pub, dans un climat où les rues se vident de leurs vitrines alléchantes. Symptômes d’un commerce local qui se meurt, atteint d’une chute de fréquentations. Mais où sont les havrais le reste de l’année ?

Les bars et les terrasses accueillent les fans de la première heure. A la Croisette, on diffuse les images télévisées du Tour, en attendant le moment où l’on devra douloureusement tourner la tête pour voir les coureurs passer à quelques mètres de la terrasse. Ceux qui s’entassent le long de l’itinéraire de la course suivent l’événement sur leur smartphone. L’excitation monte progressivement. La caravane publicitaire fait alors sa longue entrée, suivie d’un raz-de-marée coloré de coureurs arborant leurs sponsors. Les hélicos survolent la ville. Un coup d’œil sur la télé suffit pour voir la carte postale du Havre retransmise dans toute la France, avec en son centre une église Saint Jo au sommet de sa forme, pointant le ciel du doigt. Extase. Le Havre reçoit-il enfin son coup de pub mérité et tant recherché ? Cette journée se terminera à boire quelques verres aux restos de la plage, sans se soucier du lendemain, tandis que la ville continue de savourer l’événement et retrouve sa circulation. Mon ami repartira quelques jours après avoir acheté son drapeau de la Normandie, non sans un pincement au cœur, la tête appuyée contre la vitre du train qui le ramenait chez lui.

J’ai souvent entendu le slogan « je vis au Havre, je vis ailleurs ». J’ai moi-même l’impression d’être parti en vacances cet été, dans ma propre ville qui continue de me surprendre au fil des saisons. Les bateaux de croisière vont et viennent au même rythme que les porte-conteneurs, vomissant leur flot de touristes venus faire escale pour la journée. Que peuvent-ils bien penser en débarquant dans cette ville portuaire qui se veut balnéaire ? Le no man’s land qui leur sert de lieu de débarquement répond sans doute à cette question. Un quai désert, des silos de céréales vides et écrasants, des hangars vieillots et délabrés. Voilà la première image d’un vacancier qui descend de la passerelle de son paquebot, après un plongeon dans la piscine du pont et un petit déjeuner copieux. Un périple hasardeux les attend pour retrouver le chemin de la civilisation. Car oui, comment peut-on assister à un tel trafic de navires touristiques sans infrastructures pour les accueillir ?

img_20161012_175350_processedHeureusement, le petit port apparaît d’un coup et se montre bien plus chaleureux. Les chalutiers et les mouettes avares de poiscaille accueillent les nouveaux explorateurs de la ville. Le quartier Saint François remplira bien sa mission d’abreuver et nourrir les visiteurs avec un talent qu’on lui connaît et dont lui seul a le secret. Il ne reste plus qu’à espérer que ces vacanciers aient eu assez de volonté pour s’enfoncer dans le centre-ville. Le soir venu, une fois les croisiéristes de retour à bord de leur immeuble horizontal flottant, le klaxon du mastodonte retentit dans toute la ville en jouant l’air de La croisière s’amuse ; un détail kitsch mais plein d’humour qui devrait redonner le sourire aux visiteurs les plus dubitatifs de leur journée, comme aux riverains qui connaissent ce rituel de départ. Le navire rejoindra la digue nord d’un air triomphant, devant les adieux des havrais venus saluer leur départ vers le LH sunset.

Ainsi s’achève la saison estivale de notre LH city beach, clôturée par la Fête de la Mer à Saint François qui honorera ses habitants d’un feu d’artifice mérité. On ne vous a jamais dit que les havrais aimaient la mer ? Dorénavant les restos de la plage vont rendre les bons vivants aux bars d’hiver après les avoir bien entretenus tout l’été, jusqu’à leur retour au printemps prochain. Les étudiants qui quittent à leur tour la ville vous diront qu’ils sont devenus havrais et qu’ils reviendront, masquant ou non leur insupportable tristesse. Je suis havrais depuis deux ans ce mois-ci, après avoir vécu à la campagne dans l’agglomération toute mon enfance. Au début en froid sans raisons avec cette ville, j’ai succombé à son charme, mais comme beaucoup je souffre des tentatives trop timides pour dynamiser son âme.

Voici comment s’est déroulée la rentrée pour moi. Une journée de boulot ordinaire avec la trouille que LHibou ferme ses portes virtuelles et prive toute sa communauté, discrète mais présente, de la conviction que ses membres ne sont pas seuls à porter leur ville vers le haut. J’ai l’espoir que cette année Le Havre ne s’endormira pas d’un sommeil profond. Même si les rues se vident, que seuls les piliers de comptoir du Mc Daid’s et du Trappist persistent sous la pluie battante, en hurlant indélicatement leur amour aux riverains agacés, il nous restera les articles de LHibou.


Article écrit pour LHibou

09 / 2015

Joyeux anniversaire Les Havraisemblables

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Et vous, vous en pensez quoi ?