Ouverture du French Coffee Shop : quelle recette pour le succès d’une franchise ?

French Coffee Shop Le Havre

Depuis quelques mois, la rumeur persistante de l’ouverture d’un nouveau café revenait jusqu’à nos oreilles de Mickey traînant un peu partout en ville : un French Coffee Shop, franchise de boissons chaudes bien connue de nos amis rouennais, s’implantait au Havre. Puisque nous avions essayé de comprendre l’été dernier pourquoi le commerce havrais décline inexorablement depuis plusieurs années, nous avons donc saisi l’occasion de montrer qu’il subsistait un espoir en recueillant le témoignage de Mehdi, ami et néo-entrepreneur qui après avoir bourlingué à travers le monde est revenu au Havre avec le projet d’ouvrir sa concession de marques. Quelles convictions ont bien pu le motiver à ouvrir un commerce franchisé au Havre ? Quels sont ses atouts pour conquérir les Havrais ? Bien conscient du climat peu favorable pour l’économie locale mais persuadé du potentiel dormant du Havre, notre Willy Wonka national a relevé le pari avec son associé Guillaume d’apporter sa pierre au fragile édifice du commerce havrais. Retour sur le prologue d’une aventure naissante guidée par l’envie inébranlable, si ce n’est que de satisfaire vos papilles addictes aux saveurs chocolatées, de réveiller le colosse qui se cache sous les fondations de notre ville.


French Coffee Shop Le HavreHey Mehdi,

Parle nous un peu de ton projet : le French Coffee Shop.

« French Coffee Shop est une franchise de préparations à base de thé, café, chocolat chaud ou froid dans la lignée de Starbucks ou Colombus mais avec une ambiance plus cosy et chaleureuse. Actuellement, il y a environ 60 franchisés dans toute la France dont un à Rouen et à Caen et plus de 20 projets d’ouvertures. Ce genre de concept, qui est très répandu aux États-Unis et au Canada depuis plusieurs années, commence à se répandre en France en répondant à une nouvelle clientèle qui souhaite une plus grande gamme de produits mais aussi pouvoir être servi très rapidement, prendre à emporter et bénéficier d’un accès internet rapide. Les coffee shop s’adaptent à ces nouveaux types de comportements. Ce type d’établissement est dynamique et vivant, c’est souvent un lieu de réunion après l’école ou le travail ; un vrai lieu de vie et de convivialité qui peut générer du trafic en ville si le concept sait séduire les Havrais. C’est pour cela que nous avons choisi un emplacement privilégié à coté de l’Espace Coty car nous croyons au dynamisme du centre-ville. »

Parlons en du dynamisme du centre. Qu’est-ce qui t’a donné envie d’ouvrir ton affaire au Havre, malgré la situation décourageante des commerçants ?

« Mon associé et moi sommes deux purs produits havrais. Nous sommes nés ici, nous avons grandi, étudié et travaillé ici. Nos familles et nos amis sont pour la plupart ici. Nous avons surtout vu l’évolution de la ville, Le Havre d’il y a 15 ans n’a plus rien a voir avec celui d’aujourd’hui. Des efforts sont faits dans le bon sens, l’évolution est lente mais elle est bien là et elle continuera. J’ai beaucoup voyagé pour ma part, j’ai vécu plusieurs mois à l’étranger dans différents pays et à chaque retour sur LH cette évolution me frappait, je pouvais voir ma ville que j’ai tant critiqué et parfois haï avec un œil neuf. Je suis maintenant très fier de dire que je viens du Havre – cela fait beaucoup rire certains de mes amis – et que je souhaite participer à ma manière à cette évolution en entreprenant ici à LH. »

Quels obstacles ont fait entrave à l’ouverture de ce nouveau commerce ?

« Lorsque je me suis penché sur la création d’entreprise, j’étais perdu. Je me suis rapproché de la CCI qui a été très bonne conseillère. L’organisme nous décrit les grandes lignes, par ou commencer, qui voir, où aller, les pièges à éviter, etc. Une fois les bases assimilées, le véritable problème sur Le Havre est la recherche d’un local. Pour notre enseigne nous voulions un emplacement n°1 et, à notre grand étonnement, plusieurs locaux correspondant à nos exigences étaient disponibles… mais les prix sont juste sources de démotivation. Après plusieurs mois de recherches, nous nous sommes résignés à accepter les tarifs qui sont comparables d’un local à un autre. À surface égale, les loyers commerciaux du Havre sont comparables à ceux d’une ville telle que Lille. Nous avons donc dû faire des concessions afin que notre projet reste réaliste. »

Les loyers excessifs sont effectivement l’une des raisons du naufrage commercial. À ton sens, comment les petits commerces doivent-ils réagir pour échapper à cette situation  ?

French Coffee Shop Le Havre

« Lorsque l’on se balade en ville et que l’on voit «  fermeture définitive » ou « à louer » tout les 50 mètres, cela est désolant. Cela crée un effet boule de neige et les conséquences pour les petits commerces sont dramatiques. Mais à mon sens il n’y a pas que cela, il ne faut pas mettre le prix des loyers au centre de tout les maux des commerçants. Je pense que la plupart des petits commerces ne s’adaptent pas aux nouveaux comportements. Il faut se mettre en avant, communiquer, être pro-actif, être acteur du dynamisme de son trottoir. Il y a des outils pour ça, les réseaux sociaux, le numérique, les partnership entre commerçants, l’événementiel, la comm’, etc. Il faut chercher le client, l’époque où ouvrir un commerce en centre-ville suffisait pour assurer sa réussite est révolue. Cela n’est pas évident pour des commerces installés depuis longtemps car le changement peut être brutal, la mairie ou les associations de commerçants doivent jouer leur rôle de conseiller pour les aider à s’adapter aux nouveaux outils et ainsi améliorer leurs situations qui peuvent être déclinantes. »

Bien qu’ouvrir une concession de marques puisse s’avérer plus confortable au démarrage grâce à la réputation de la marque, la tendance de nos jours est plutôt aux produits frais et fait-maison. Quels atouts as-tu dans ta manche pour faire prospérer le French Coffee Shop ?

« French Coffee shop mise beaucoup sur la qualité des produits qu’elle propose, toutes les préparations chaudes ou froides sont faites maisons, il n’y a pas de poudre toute prête auquel on rajoute de l’eau. L’offre est variée et très gourmande, il y en a pour tous les goûts ! Demandez à ceux qui connaissent celui de Rouen, ils vous le confirmeront. La communication se fera presque exclusivement par la voie du numérique, c’est un outil formidable. Nous pouvons écouter nos clients, répondre à leurs questions très rapidement, les faire participer à la vie du coffee shop en leur demandant de participer à des événements. Des offres commerciales seront accessibles via les réseaux sociaux, l’avantage de ce système c’est que nous pouvons cibler nos clients individuellement et être ultra réactif. »

Tu as eu l’occasion de comparer LH à d’autres villes au fil de tes voyages. En quoi est-ce plus difficile de s’implanter ici plutôt qu’ailleurs ?

« Je pense que s’implanter au Havre, c’est prendre un pari. Un pari sur le devenir de la ville, sur le potentiel énorme qu’elle possède. Alors entreprendre ici, c’est investir sur un devenir. Il faut être confiant et conscient que s’implanter sur une ville telle que le Havre est plus difficile que sur une ville comme Caen par exemple, où le dynamisme est connu et reconnu. On ne peut pas « surfer » sur la vague quand elle n’est pas encore là, mais je suis persuadé qu’elle est en chemin sinon je n’aurai pas pris le risque d’entreprendre ici. »

Quelle vision de la ville as-tu pour les années à venir ?

French Coffee Shop Le Havre

« Ma vision est pleine d’espérance, il faut voir le verre à moitié plein. La ville est sur une bonne lancée, il y a beaucoup de projets à venir et je crois sincèrement que Le Havre peut devenir une ville très attractive dans les années à venir. C’est une ville qui possède un potentiel énorme et je suis persuadé qu’elle saura l’utiliser à son avantage très bientôt pour (re)devenir attractive. À mon avis, mettre l’accent sur le tourisme et les infrastructures qui vont avec est le bon axe de développement, à condition de tout faire pour dynamiser le centre ville afin que les visiteurs ne tombent pas sur une plage de galets entourée de commerces vides et de rues désertes. La création d’une « red line », une ligne rouge tracée dès la sortie des croisiéristes qui les guiderait dans Perret jusqu’aux commerces du centre ville, comme à Boston par exemple, serait une super idée peu coûteuse et très efficace. »

Merci Mehdi !


Le French Coffee Shop est ouvert depuis ce matin et n’attend plus que vous. Que vous boycottiez d’un air rebelle la cantine du lycée François 1er, sortiez d’un marathon shopping à Coty ou que vous lisiez simplement cet article – parce que vous savez que Les Havraisemblables aiment parler de bouffe – on vous donne rendez-vous dans ce nouveau café qui surfe à la fois sur la mode américaine et la french attitude. Entre espressos, grands crus, spécialités au Nutella, frappés et smoothies, il se pourrait que votre commande soit la première d’une longue série qui, en plus de flatter votre palais, vous offrira un lieu convivial pour vous réchauffer à l’approche du climat automnal. De notre côté on a déjà goûté l’une des recettes en avant-première, et même si on a frôlé le coma diabétique suite à une overdose de pâte à tartiner, on en redemande déjà.

French Coffee Shop

3&5 bis rue Albert André Huet

La page Facebook du French Coffee Shop Le Havre


Et pour les mauvais élèves qui ont loupé notre trilogie sur les commerces de proximité :

Article : L’hécatombe des commerces de proximité cessera-t-elle ? (1/3)

Article : Le patrimoine havrais est-il compatible avec le commerce de proximité ? (2/3)

Article : Petits commerçants contre centres commerciaux, le match déloyal (3/3)

French Coffee Shop Le Havre

Et vous, vous en pensez quoi ?