Les Amarts, le collectif qui met l’espace urbain au service de l’art contemporain

Les Amarts La Friche Le HavreIl y a trois ans, un passionné d’art mural dénommé Miguel Do Amaral Coutinho revenait au Havre et regroupait ses vieux potes artistes sous un seul étendard artistique, Les Amarts, un collectif formé qui se fixait l’objectif d’enrayer la grisaille envahissante des rues en transformant les murs dépouillés en toile de béton. L’été dernier, Les Amarts inauguraient La Friche. Retour sur l’histoire d’un collectif qui progressivement redonne ses couleurs au paysage urbain havrais.


S‘approprier les murs pour les ramener à la vie, telle était l’idée que partagea Miguel avec ses potes du collectif. Du jour au lendemain, ces murs retrouvèrent non seulement leur attrait mais attirèrent le regard curieux voire critique du badaud face à cet art de rue qui s’offrait gratuitement à lui. Puis, à force de voir les boutiques se vider de leurs commerçants, Miguel eut alors l’idée d’étendre l’art urbain jusqu’à l’intérieur des murs, en ramenant une lumière éphémère sur ces boutiques disparues. Pourtant indispensable pour la bonne santé de notre jungle urbaine, cette idée de replacer l’art mural en son cœur suivit un parcours semé d’embûches, dont l’histoire est à découvrir plus en détails sur l’excellent article de LHibou Les Amarts, un projet bien ancré. Des braises de cette iniative émergea alors un véritable engouement des Havrais sur les réseaux sociaux qui appréciaient voir entre autres la rue Coty-Joffre retrouver ses couleurs. Ce succès permit alors au collectif d’affirmer la noblesse de ses intentions et d’organiser des projets chaque fois plus ambitieux. Au début de l’été dernier, Les Amarts inauguraient La Friche, une bâtisse abandonnée réhabilitée en musée éphémère du street art. Une initiative impossible sans la reconnaissance ancrée de leurs projets passés et dont la réussite indiscutable permit d’attirer les foules pour faire un pas de plus dans la démocratisation de l’art de rue. Fascinés par la visite de cette galerie artistique unique, il nous fallait en savoir plus sur le plus grand projet entrepris par les Amarts. Entrevue avec Miguel pour savoir ce qu’allait devenir La Friche et ce qu’il en était du collectif trois ans après sa création.

Miguel,

Pourquoi avoir créé le collectif Les Amarts ? A quels besoins répond-il ?

 « Je suis revenu au Havre en 2012 avec un œil neuf sur ma ville et l’envie de mener à bien des projets dans mon domaine, à savoir le muralisme et l’art contemporain urbain en général. Obtenir le droit de peindre sur des murs publics ou privés peut s’avérer être un chemin de croix au Havre et dans de nombreuses villes en France. En voyant la quantité de commerces vides et la tristesse des grandes artères havraises, je me suis rapidement dit que ces espaces vacants, ouverts sur la rue, pouvaient être valorisés afin d’y exposer des artistes locaux. C’est ce qui m’a motivé à créer l’association. »

De quels horizons proviennent les artistes qui rejoignent le mouvement ?

« Les premiers artistes qui ont rejoint le collectif sont des amis de longue date. Ratur, Sckaro, Bside, Dude, Mascarade, Teuthis, dröL… ils sont tous havrais et ont fait partie de la scène graffiti du début des années 2 000. A l’époque, la scène graffiti était en pleine effervescence et les murs autorisés étaient nombreux ! Beaucoup d’artistes viennent de la peinture murale au sens large. Au fur et à mesure des événements, le collectif s’est étoffé et compte désormais des plasticiens, des photographes, des illustrateurs, des graveurs, des sculpteurs, des vidéastes… Les membres sont des étudiants, des amateurs ou des professionnels. Chacun apporte son univers et enrichit ainsi le collectif. C’est un moyen de rencontrer d’autres artistes et d’échanger sur sa pratique. C’est également une occasion de présenter son travail au plus grand nombre, sans forcément passer par une galerie. »

Les Amarts La Friche Le HavreAu Havre, le street art semble avoir longtemps été perçu comme une nuisance, tandis que l’art en galerie peinait à se démocratiser par les milieux plus modestes. Comment la ville perçoit aujourd’hui l’art urbain ?

« Le collectif compte beaucoup d’artistes intervenant dans la rue, mais il ne s’est pas créé pour et autour de cette pratique. Certains membres n’interviennent pas dans la rue et/ou ne placent pas cette approche au cœur de leur travail. Concernant l’art urbain, le public adore et en redemande. On le voit dans toutes les grandes villes de France et du monde, et sur les réseaux sociaux, c’est un phénomène mondial en pleine effervescence. Les mentalités doivent évoluer au niveau des municipalités et c’est ce qui est en train de se passer depuis quelques années. La municipalité du Havre reste malheureusement à la traîne sur ce point. »

On en vient à La Friche. Comment vous est venue l’idée et pourquoi l’avez vous imaginée ainsi ?

« Tout a commencé avec le projet de fresque participative de l’autre côté de la place Danton, en face de l’ancienne prison. J’ai sollicité la Ville en 2014, et notamment Stéphanie Boin en charge de la requalification du centre ancien à l’époque, pour réaliser une fresque éphémère sur deux bâtiments voués à démolition fin 2016 situés rue Lesueur. Le projet est resté dans les cartons jusqu’en novembre 2015. En plus de la fresque participative, j’ai alors proposé d’organiser une résidence artistique dans ce même bâtiment situé rue Lesueur. J’avais déjà vu des exemples de résidences artistiques éphémères à Paris, Marseille et Nantes. J’avais envie de voir ce que cela pourrait donner avec le collectif, convaincu du potentiel de celui-ci depuis l’exposition éphémère organisée dans le cadre du festival We Love LH. Une fois l’accord de principe des élus obtenu, j’ai alors rédigé le projet et cherché des sources de financements. Pour des raisons de calendrier de démolition, la résidence artistique a été transféré dans l’ancien espace couleur, La Friche aujourd’hui. »

La Friche est à mi-chemin entre une expo en galerie et l’affichage urbain. Quel était le but en l’ouvrant au grand public et en faire un événement médiatique ?

« Ce projet est à l’image du projet global des Amarts : rendre l’art contemporain accessible au plus grand nombre, gratuitement, et promouvoir les artistes locaux. C’était un moyen pour les artistes participant de montrer un travail inédit, singulier, souvent inspiré et façonné par le lieu. La Friche est un lieu labyrinthique et biscornu très inspirant, le terrain de jeu idéal pour essayer de nouvelles techniques et voir les choses en grand ! C’était également la possibilité pour de nombreux artistes de se rencontrer, d’échanger sur leurs travaux et de collaborer sur des pièces. La contrainte des visites en groupe de 19 personnes maximum a fortement influencé la circulation dans le lieu et donc la manière de présenter et d’articuler les œuvres et les espaces entre eux. Au final la visite est rythmée et agréable, il y en a pour tous les goûts. Nous sommes loin de la définition stricto sensu du musée car les œuvres présentées sont éphémères, réalisées in situ, et disparaîtront lors de la démolition du bâtiment. »

Quels ont été la position et le rôle de la mairie dans votre projet ?

« La Ville suit nos actions avec beaucoup d’intérêt. Elle nous a beaucoup aidé pour trouver le lieu et pour financer ce projet, depuis la fresque participative jusqu’à La Friche. Nous avons touché tous les publics, de 4 à 85 ans ! De la visite de La Friche à la réalisation de la fresque, ce projet s’est adressé à tous les publics, et c’est aussi ça qui a plu à la Ville. »

Dans l’idéal, que pourrait devenir La Friche à moyen et long terme ?

« C’est un peu tôt pour en parler, mais si projet il y a, il sera nécessairement sur le moyen terme puisque le bâtiment est voué à être détruit au maximum en 2019. Au vu des retours enthousiastes et de l’engouement du public vis à vis du lieu, il y a un réel besoin en terme de structure alternative, à mi-chemin entre résidence d’artistes et lieu de rencontres et d’échanges avec le public. Un tel lieu a totalement sa place dans le quartier, et dans l’agglomération. Nous allons en parler avec le collectif et surtout avec la Ville, propriétaire des bâtiments. »

Quel avenir s’annonce pour Les Amarts ?

« Le collectif a atteint une taille critique de 30 personnes. Au delà, il peut être difficile d’assurer la coordination d’événements de grande ampleur, fortement conditionnés par la disponibilité et l’implication des membres. En tout cas d’autres membres intégreront le collectif, il en va de sa vie et de son renouvellement. Autrement, un site internet verra bientôt le jour avec toutes les infos sur le collectifs, les artistes, les projets passés et futurs. Les 500 ans du Havre arrivent à grands pas, nous aimerions évidemment faire partie de la fête mais sous quelle forme… ? Nous verrons bien !

J’en profite pour remercier les partenaires du projet :

La Ville du Havre, le GIP/CoVAH, la DRAC, La région Normandie, La petite presse, Les peintures Osca, Point P, La Briiique, Normandie électricité, Pie 76, et toutes celles et ceux qui nous ont aidé de près ou de loin pour mener ce projet à bien. »

Merci Miguel !

Les Amarts La Friche Le Havre


Les AMARTS, un projet bien ancré

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