Bee Le Havre, la cure de jouvence inespérée pour le tourisme havrais

Il nous est arrivé de croiser cet étrange ovni plusieurs fois en ville, tantôt au Bassin du Roy, tantôt sur les hauteurs de Sainte Adresse. Après tout, Le Havre est bien assez petite pour que l’on remarque aussitôt un véhicule aussi tape-à-l’oeil que ce bus touristique décapoté jaune pétant, flanqué de chaque côté d’une mascotte dénommée « Bee Le Havre ». Cette abeille avait réussi à piquer notre curiosité mais aussi visiblement celle des touristes. Il était donc certain que nous finirions par monter un jour à bord de ce bus magique qui relevait le défi de donner un coup de jeune au tourisme havrais.


Bee Le HavreCoïncidence qui sonne comme un appel à la relève, le fameux petit train qui exhibait les merveilles du Perret ne se montrait plus en ville. Cette relique hideuse qui paralysait la circulation et s’attirait les foudres des automobilistes demeurait vide de touristes, si bien que les rares qui avaient eu la curiosité d’acheter leur billet pouvaient se voir débarqués comme des malpropres, faute de fréquentation suffisante. La léthargie havraise dans toute sa splendeur. Même si le petit train remplissait mal sa mission qui ne lui sciait guère, nous ne pouvions toutefois pas nous réjouir de sa disparition qui laissait une place vacante dans la chaîne du tourisme délaissée par notre ville.

Heureusement, des havrais passionnés ont entrepris de lancer leur propre City Tour dans une formule dépoussiérée et rajeunie : une mascotte facilement identifiable, une couleur dynamique, un slogan accrocheur « Notre ville est à toi » et un véhicule tout équipé – casques audioguide, WiFi et même un toit panoramique rétractable pour rouler quand il pleut. On apprécie l’optimisme. Du coup, comme attiré par du miel, on a décidé d’aller faire un tour sur le dos de cette fameuse abeille. Une fois installé et l’audioguide en place, on s’immerge. On fait la rencontre d’un grand-père qui, lui aussi à bord du bus, raconte à sa petite fille Julie l’histoire du Havre pendant plus d’une heure de virée en ville.

Sur le chemin, on se rend compte que l’idée de Bee Le Havre est bien loin des standards touristiques et qu’elle a bien été pensée par des havrais : l’audioguide ne se contente pas de vous énumérer bêtement les monuments que vous croisez en vous faisant tourner la tête de gauche à droite comme un métronome. Grand-père confie à sa petite fille le vécu de chaque quartier, mais surtout le mode de vie havrais à grand renfort d’anecdotes et de jargon local, si bien qu’on sort du côté rasoir du City Tour pour s’immerger dans la vie de l’habitant. Une chose réalisable grâce à l’utilisation optimale du numérique, puisque Julie aperçoit un monument exactement en même temps que vous grâce à la géolocalisation de l’audioguide qui lancera les commentaires au moment opportun. De ce fait, le contenu est aussi bien accessible au touriste ignare qui y verra un puits d’informations, qu’au riverain bien rencardé sur sa ville qui ressortira un peu plus érudit à l’arrivée.

Chacun y trouve son compte, et c’est bien l’essentiel, mais ce qui est stupéfiant avec la création des p’tits gars de Bee, c’est qu’ils réussissent à transmettre, au-delà d’un simple savoir culturel, un véritable message d’optimisme. Grand-père conte avec fierté et presque soulagement la métamorphose de la ville au fil des années, en soulignant les états d’âme des habitants du Havre à travers son contexte historique et économique, de la souffrance de sa reconstruction jusqu’à la timide fierté de son nouveau caractère balnéaire. On assiste à une véritable leçon de vie quand grand-père se moque de la manie de Julie à tout partager sur les réseaux sociaux et qu’à l’inverse, elle, lui apprend ironiquement ce qu’est Instagram en lui faisant comprendre qu’il est dépassé. Le dialogue, plus profond qu’il n’y paraît, va jusqu’à nous rappeler la fracture intergénérationnelle entre la majorité vieillissante et la jeunesse grandissante du Havre tout en suggérant que le fort lien qui les unit maintient le dialogue possible. Une jolie prouesse.

Rencontre avec cette dynamique et enthousiaste équipe qui nous a concocté ce projet prometteur :

Bouna,

Qu’est-ce qui vous a motivé toi et les autres à relancer l’activité du City Tour au Havre ?

« On a été collectivement piqué par une (chaleureuse) abeille… Plus sérieusement, avec Alexandra et Mahdi mes cofondateurs, et également avec JP et Julia qui font depuis le lancement du service partie de l’équipe Bee Le Havre, nous sommes tous les cinq havrais, amoureux de notre ville, de son Histoire et de toute sa singularité, et dans le même temps nous ressentions de plus en plus dans notre quotidien le besoin croissant de partager tout ça avec les havrais et visiteurs de notre ville. Beaucoup adorent critiquer notre ville et, parmi elles, une majorité de personnes qui n’y ont jamais mis les pieds, mais aussi certains de ses propres habitants. On est conscient de tout cela et on ne le saisit pas comme un frein au développement de service comme Bee Le Havre, mais au contraire comme une formidable opportunité d’aller au-delà des idées reçues. Il y’a énormément de choses à raconter, à montrer, à (re)découvrir au Havre et dans son agglomération… et Le Havre dispose réellement de toutes les caractéristiques pour posséder un service quotidien de balades comme Bee Le Havre. »

Bee Le HavreOn sent que l’ensemble du concept – l’audio-guide, le personnage, le slogan – a été conçu par des havrais passionnés. Quel état d’esprit essayez vous de transmettre lors de cette balade ?

« Oui tu as raison, c’est certain que lorsque tu te lances dans un projet comme ça au Havre, et que tu as devant toi des dizaines et dizaines de haies plus hautes les unes que les autres à franchir, il faut forcément être hyper motivé et déterminé pour te dire « c’est parti je me lance dans le grand bain », tout en sachant que tu vas y côtoyer de nombreux sceptiques et pessimistes qui vont tout faire pour te décourager. On a beaucoup travaillé le concept Bee Le Havre avec l’objectif de ne surtout pas tomber dans le développement d’un City Tour standard, similaire à ceux qu’on trouve à Paris ou dans d’autres grandes agglomérations remplies de touristes qui ont une idée précise de ce qu’ils veulent absolument voir. Notre vision de Bee Le Havre est différente avec l’envie de proposer aux havrais et visiteurs de notre ville de chaleureuses balades panoramiques, familiales et quotidiennes. Il s’agit vraiment de balades et non d’un City Tour traditionnel et institutionnel. C’est pour cette raison qu’on ne communique quasiment pas sur le parcours du bus, qu’on accueille d’une manière très particulière les passagers avant, pendant et après leurs balades, et que par exemple le dialogue trans-générationnel qui rythme les balades est très surprenant et touchant… »

La gestion du tourisme est un enjeu majeur pour Le Havre, non seulement pour 2017 mais aussi pour son image de « cité maritime ouverte sur le monde » et sa santé économique. La ville est elle à la hauteur dans ce domaine ?

« Oui, le tourisme est un enjeu important pour le développement économique de notre agglomération. La Normandie est l’une des régions les plus connus au monde après la Californie. Regarde sur une carte : tu remarqueras que l’épicentre de cette région touristique est ici au Havre. Notre agglomération se doit d’en tirer profit et accroître son attractivité. Est-ce que la ville a la volonté de faire tout pour ? Je ne sais pas si cela fait partie des priorités, mais il est vrai que des efforts ont été fait ces dernières années. La ville se métamorphose et 2005 a été un tournant en terme de « communication touristique ». Mais beaucoup reste à faire, notamment pour l’accueil des croisiéristes et visiteurs, et j’espère que tout le monde (à la ville) en est conscient. 2017 va sans doute être une belle fête, du moins sur le papier où ça semble se profiler ainsi, mais on verra bien ce que ça donnera en vrai. J’espère que les havrais seront vraiment associés aux festivités et que ça ne restera pas seulement la fête du Havre de Perret, mais surtout la fête du Havre des 180 000 havrais qui y vivent au quotidien. Il n’y a pas que le quartier reconstruit à valoriser aux visiteurs de la ville, mais tout un tas de quartiers, d’édifices, d’itinéraires et d’histoires, en ville basse, en ville haute et en périphérie qui doivent également s’intégrer à ces festivités… D’autant que quand on entend parler du budget de 2017, on est tout de suite inquiet à l’avance de la manière dont cela va être dilapidé. Enfin, j’espère qu’ils pensent aussi à l’après 2017… »

Bee Le HavreQuel avenir imagines-tu pour Bee et le tourisme au Havre ?

« Au sein de notre équipe, nous avons vraiment hâte aux prochaines étapes du développement de Bee Le Havre. Nous continuons à tester tous les jours plein d’initiatives afin d’apprendre sans cesse et de pouvoir mettre progressivement en place de nouveaux services, comme par exemple de nouvelles langues, de nouvelles balades qui vont être proposées dans les prochaines semaines et de nouveaux outils qui vont également venir enrichir l’expérience des passagers de notre chaleureuse abeille… Le digital est un formidable exemple d’outil qui permettra d’apporter encore plus d’informations et de contenus aux passagers durant les balades Bee Le Havre. On y travaille activement avec le but d’associer également les commerçants à ces opportunités. Quant à la stratégie touristique de la ville, je la rêve pleine d’audace. Notre ville a beaucoup changé en 500 ans, elle dispose d’une riche Histoire, à la fois singulière, prospère et douloureuse, comme au cours de la période 19-20ème siècle, mais qu’on espère prometteuse pour les prochaines années, à condition de rester audacieuse. La fondation d’un important port en 1517 dans un endroit instable et marécageux n’était-il pas un projet audacieux ? Notre abeille, fait au quotidien en sorte de s’inspirer de l’esprit originel de la fondation de notre ville pour garder à jamais cette audace ! »

Merci Bouna !


Déjà revenu place Perret, on se rend compte qu’on a laissé notre scepticisme au fond du bus. Il se pourrait bien que Bee soit la relève des méthodes actuelles du tourisme havrais qui contrastent et ne rajeunissent pas, à force de garder la cravate ringarde et le costume bouffé par les mites qu’on nous avait remis avec l’entrée prestigieuse du Havre au patrimoine de l’UNESCO. Pour vous en convaincre, on vous encourage à vous rendre place Perret : après avoir fait un tour d’abeille, vous comprendrez mieux pourquoi Bee Le Havre veut que vous soyez Le Havre.

Site internet de Bee Le Havre

Page Facebook de Bee Le Havre


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