L’hécatombe des commerces de proximité cessera-t-elle ? (1/3)

Ça fait longtemps qu’on en parle et on commence à en être désabusé : il devient impossible de se promener en centre-ville sans tomber face à une vitrine vide, sombre et sale avec une vulgaire et agressante pancarte « A LOUER » à chaque coin de rue. Un phénomène dont se réjouissent étrangement les cavistes et surtout les agences immobilières qui, elles, pullulent comme une colonie de cafards et ne connaissent pas la crise. On a toujours en travers la Ligne Wallace qui a succombé pour devenir une froide et diabolique agence GMF. Hélas, les rencontres de ce genre sont de plus en nombreuses depuis quelques années. Les commerces de proximité mettent la clé sous la porte les uns après les autres, malgré l’effort salutaire de ceux qui osent encore tenter leur chance et qu’on pourrait presque qualifier de suicidaires. On assiste a une véritable hécatombe qui nécrose notre-centre ville. Corde sensible et vaste sujet, on a décidé cette fois de vous fournir plusieurs articles traitant chaque fois différemment cette désertification des commerces. Alors, pourquoi le centre-ville du Havre est-il devenu un cimetière commercial ?


Commerces du havre

LA RÉHABILITATION DU HAVRE, OUI MAIS À QUEL PRIX ?

Il faut l’avouer, la politique menée sur la ville depuis 10 ans pour embellir la ville a fait beaucoup de bien à ses murs mais a aussi enjaillé ses habitants qui reprennent – enfin ? – confiance. Entrée de ville, gare routière, docks Vauban, stade Océane, jardins suspendus, tram, bibliothèque Niemeyer… tant de projets qui ont relifté une ville émergente et qui avait bien besoin d’un dépoussiérage, quitte à organiser un vélo tour pour que chacun admire à quel point la mairie a bien bossé. Mais oui, la dynamisation de la ville garde son cap et son image se modernise.

Cela dit, il fallait bien un revers à cette médaille du mérite. Les travaux du tram ont ravagé l’activité du Cours de la République et du Boulevard de Strasbourg, la réfection de la rue René Coty – Maréchal Joffre a paralysé la circulation et les trois interminables années pour refaire le Volcan et la bibliothèque ont condamné l’attractivité du centre. Les travaux ont eu des conséquences irréversibles sans pour autant dédommager les lésés. Au pire, on a assisté à des fermetures massives d’enseignes – on a toujours un pincement au cœur en passant devant le rideau de fer de Docks Music, au mieux, à des sacrifices financiers en attendant une réouverture prometteuse mais bien trop longue à venir. Aujourd’hui, ces séquelles sont bien illustrées par la prolifération des cellules vides. Cela dit, en creusant bien, on ne risque pas de trouver que des anciens obus : ces travaux, bien que nécessaires, ne sont pas en totalité responsables du carnage du petit monde des commerçants. Ils ont plutôt précipité vers l’abîme une situation pénible déjà existante au Havre.

LE HAVRE, DERNIER DE SA CLASSE DANS L’ÉCONOMIE DE PROXIMITÉ

Et oui. Le Havre, comme à l’accoutumée, est à la traîne en matière d’innovation et toujours inconsciente de son réel potentiel. Certains commerces – heureusement pas tous – fonctionnent toujours de manière old school et n’ont pas évolué depuis des décennies. Alors que les consommateurs changent leurs habitudes, encore trop de commerçants n’ont pas renouvelé leur gagne-pain sans renouveler leurs méthodes de vente. Avec l’arrivée – pourtant tardive – du numérique au Havre, on commence enfin à parler d’e-commerce, de référencement et d’inbound marketing. Mais allez donc demander à l’honnête commerçant qui est bien installé depuis 20 piges ce qu’est « l’inbound marketing ». La ville peine à se hisser dans le XXIème siècle. Alors oui, les vieux commerces sont nécessaires et ajoutent une valeur ajoutée au commerce havrais par leur savoir-faire, mais ils ne doivent pas freiner le progrès. Les moyens de consommation changent très rapidement, il est donc indispensable que les méthodes de vente de chaque commerçant fassent de même. Aujourd’hui, l’enjeu est de comprendre et de savoir comment concrétiser un projet qui doit se démarquer, être innovant et connecté. Le commerçant doit connaître en temps réel et anticiper les besoins de ses clients. Par dessus tout, il doit les devancer dans l’utilisation des moyens de communication et s’apprêter à faire évoluer son affaire en fonction des tendances de consommation. Mais encore faut-il savoir comment s’y prendre. Pour venir à bout d’un tel challenge, on vous renvoie vers les petits génie de LHackadémie au Container, la cantine numérique, pour apprendre à maîtriser les outils numériques d’aujourd’hui. Oui Ludovic Salenne, c’est bien de toi qu’on parle et on espère sincèrement que tes cours particuliers vont continuer à porter leurs fruits – où plutôt leurs e-fruits.

Commerces du Havre

Mais nous n’allions pas se lancer dans une croisade politico-économique sans s’en prendre aux principaux intéressés : les havrais sortent de moins en moins faire du shopping. Est-ce donc la faute à des commerces de moins en moins nombreux ou à un réel changement de consommation ? Il faut évidemment admettre que ce phénomène n’est pas typique du Havre mais est bien d’échelle nationale. De nos jours, la tentation est forte de céder à l’appel de l’infinie caverne d’Ali Baba qu’est devenue Internet, qui propose tout et surtout n’importe quoi. On peut tout trouver tranquillement avachi dans son canapé. Dans ces conditions, comment reprocher à nous havrais de ne pas prendre la peine d’aller pousser quelques portes, quand on ne peut pas trouver ce qu’on veut en ville tant la diversité de l’offre est dérisoire ? Evidemment, la conjoncture économique dissuade les consommateurs et les nouveaux commerçants de se lancer dans un pari risqué, et la situation reste figée. On tire toujours notre chapeau à l’ouverture d’un commerce en lui souhaitant « bonne chance » ou « bon courage ». On ne devrait pas avoir à le faire. Et comment ne pas parler des centres commerciaux qui pompent tous les flux de la consommation et poussent comme des champignons ? Le Havre est fortement concerné, mais tacler ces derniers est bien trop tentant pour dénoncer ce cancer économique en seulement deux lignes : ils prendront leur tarif dans un prochain article.

LE BRAS DE FER ENTRE COMMERÇANTS ET LA MAIRIE

Et le rôle de la mairie face à ce navire qui prend la flotte ? Trop occupée à polisher la vitrine du Grand Paris, elle est jusqu’ici souvent restée spectatrice en se justifiant par sa politique libérale. Un commerce qui meurt est un commerce qui n’a plus sa place dans le paysage économique havrais. Quand on voit certains établissements qui conservent leurs mentalité conservatrice d’antan ou qui attendent les bras tendus sans daigner se remettre en question, on peut grincer des dents sans toutefois pouvoir toujours lui donner totalement tort. On aimerait cependant qu’elle contribue, non pas financièrement, mais en fournissant des infrastructures aux événements de la rue, à communiquer davantage – le Printemps des Commerçants méritait franchement bien plus que ça -, à fournir des parcs à vélo, à baisser le prix du stationnement et à soutenir les assos de commerçants dans leur démarche. Feintant d’être sourde comme un septuagénaire du Perret, la mairie niait ces dernières qui essayaient en vain de se faire entendre, mais aujourd’hui la fédération de commerçants LH Shopping, qui s’efforce avec difficultés d’unir et de moderniser l’ensemble des commerçants, semble bien avoir passé un cap et pourrait bien avoir réussi aujourd’hui à attirer son attention : le dialogue aurait repris entre la mairie, la CCI et les commerçants pour un avenir qu’on espère plus prospère. Si tous œuvrent alors enfin dans la même direction, il se pourrait bien que Le Havre connaisse un sursaut de son développement commercial et touristique sans précédent.


« Le patrimoine havrais est-il compatible avec le commerce de proximité ? (2/3) »

« Petits commerçants contre centres commerciaux, le match déloyal (3/3) »

Commerced du Havre

10 réactions sur “L’hécatombe des commerces de proximité cessera-t-elle ? (1/3)

  1. Quand un adjoint au maire en charge du commerce vous annonce qu’il préfère des taxes foncières ou d’habitations à des commerces ? vous faites quoi ?

    1. Vous adaptez votre bulletin de vote la prochaine fois qu’on vous demande votre avis ?

  2. sujet commun à toute les grands villes ! Article de merde mensonger et insultant pour la professions immobilière qui souffre comme les autres de la et qui est très très loins de « pulluler comme des cafards  » c’est plutôt l’inverse !! donc arricle torchon écrit pas un rageur .

    1. Merci pour vos mots doux et votre prédisposition exaltée au débat Clem. Effectivement, ce sujet est commun à beaucoup de grandes villes et Le Havre est fortement touché. Ce n’est cependant pas une raison pour ne pas le dénoncer et tenter de le résoudre ! Cet article n’est pas un réquisitoire sur les agents immobiliers que nous ne critiquons en aucun cas et que nous respectons. Les « cafards » désignent les innombrables agences et non pas ceux qui y travaillent ! Nous lançons seulement une pique contre le nombre de ces agences, tout comme les assurances, qui continuent de s’installer alors que les commerces de proximité eux n’y arrivent pas. Cette pique ne constitue même pas le sujet de cet article donc merci de faire la part des choses et de prendre du recul avant de poster un commentaire houleux.

  3. Au Havre, ce qui manque, ce sont des magasins qui changent des grandes enseignes traditionnelles qu’on retrouve partout……

    1. juste par curiosité ou faites vous vos achats ?

  4. Et bien par exemple, j’aimerais trouver autre chose que « Pimky » ou » « la halle aux vêtements » et autres grandes enseignes J’aimerais des magasins qui proposent autre chose que ce qu’on l’on retrouve partout. Auparavant, j’aimais arpenter la rue Bernadin de St Pierre, mais je trouve que les magasins ont perdu de leur note originale.. Alors je vais plutôt sur Rouen, où je retrouve encore les magasins habituels que je viens de citer d’ailleurs….Une question bête : où les Havrais vont-ils s’acheter des chaussures ?? Après la fermeture des sacro saints « André, « Eram » et maintenant « Bata » que reste t’il ??? Le Printemps et Caron restent des magasins onéreux et on y trouve pas forcément la petite paire de sandalette qui fera son bonheur sans dévaliser son porte monnaie.
    Alors, vous allez me dire : il y a les Docks, il y a la Zac du Auchan à Montivilliers, ou encore la galerie marchande d’Auchan Mont gaillard. Et bien justement, ne trouvez vous pas que d’avoir favorisé ces regroupements commerciaux nuisent carrément à notre centre ville???

  5. 1) Les agences immobilières sont des commerces comme les autres qui attirent un flux de personnes qui elles même se retrouvent à flâner dans les rues et donc apportent ce que l’on appelle « l’achalandage ».

    2) Les agences immobilières sont loin de « pulluler », seulement, on y prête surtout plus attention aujourd’hui car elles sont montrés du doigts comme le « grand méchant », hors, elles permettent aussi de maintenir des emplois et sont un gage de sécurité lorsque, comme tout commerce, ce dernier est de bonne foi.

    3) Les secteurs les plus touchés ne sont absolument pas ceux cités ci-dessus et qui ont parfois toujours été peu pourvu de commerces et cela, déjà avant-guerre (ex : Boulevard de Strasbourg). L’impact du tramway n’a été que négligeables sur les portions que sont le Cours de la République et le Boulevard de Strasbourg, ce qui n’a pas été le cas, paradoxalement, dans les voies qui n’ont pas subis les travaux du tramways mais des embellissements (Avenue René Coty/Rue Maréchal Joffre par exemple)

    4) Chose assez drôle, l’artère certainement la plus « touchée » de la ville dans ce qui est de la vacance des ses locaux commerciaux n’est pas citée : Rue de Paris. C’est tout de même la rue la plus délaissée du « centre-ville UNESCO » et qui l’est d’ailleurs depuis déjà quelques années avant la Seconde Guerre Mondiale… Qu’elle sera votre analyse dessus très chers sapiteurs ?

    5) Jusqu’à preuve du contraire, les loyers sont déterminés par les propriétaires. C’est eux qui fixent les loyers en fonction de plusieurs critères. Si le commerçant les mets en doute, alors il peut se retourner vers qui de droit. Il faut aussi savoir qu’en matière de commerce, la valeur vénale d’un bien est calculée à partir des loyers. Qui dit baisse des loyers, dit baisse de la valeur vénale du bien, ce que les propriétaires, comme n’importe quel propriétaire d’ailleurs (vous, nous) ne souhaitent pas, ce qui se comprend. Libre à certains d’acheter au prix, pour ensuite dévaluer lui même son bien afin de « redynamiser » le centre-ville.

    6) Vos agences immobilières, (dont vous aimez les gens qui y travaillent mais apparemment pas le titre), vous aurez certainement un peu plus aidé à éclaircir votre jugement, car elles aussi constatent et déplorent ce centre-ville délaissés car cela ne leur sert absolument à rien (elles ne gagnent rien, ou perdent parfois), et en plus de cela, les individus qui sont derrières aimeraient certainement voir, comme tout le monde, un centre-ville plus dynamique.

    A bon entendeur…

    1. Les agences immobilières ne sont une fois de plus pas l’objet de l’article. Bien loin de les prendre pour cible, nous souhaitons simplement susciter le débat. Si elles sont indispensables à la vie économique d’une ville comme la notre, il nous parait anormal qu’au même titre que par exemple les banques et les assurances, elles occupent toutes des locaux dans les rues de l’hyper centre. Ces lieux devraient être investis par des commerces de bouche ou des lieux d’échanges en tout genre favorisant le lien social. Et malgré le confort certain des fauteuils en cuir de la salle d’attente de mon agent immobilier, je ne souhaite pas nécessairement y prendre un verre le soir en sortant du boulot. Sauf si un mini concert y était organisé un jour, avec plaisir alors !

      Concernant la rue de Paris, il est évident qu’historiquement artère principale du commerce havrais, elle a perdu de sa superbe malgré sa situation idéale. Si ces commerces souffrent comme partout, elle nous parait au premier abord moins touchée que des rues comme Coty/Joffre, Bernardin de St Pierre/Paul Doumer/Brindeau. Un lifting urbain (trottoirs, chaussée, éclairage public et verdure) serait bienvenu pour la sortie de sa torpeur des années 1980 et la rendre attrayante !

Et vous, vous en pensez quoi ?