Les p’tits vieux des Halles

Qu’on se le dise d’entrée : le meilleur quartier du Havre, ce n’est pas Saint-Vincent – sans rancunes LHibou – c’est celui des Halles Centrales. C’est au cœur de la ville qu’on y trouve le plus grand nombre de terrasses de café, de bars et de commerces. On a la bibliothèque Niemeyer et le marché dominical pour se procurer le dernier sac à main contrefait à la mode. On est a deux pas de l’Hôtel de Ville, on a la plage à dix minutes et Saint-François comme voisin. Et puis, forcément, on a les p’tits vieux. Le revers incontournable de la médaille. Nos mascottes. La 8ème plaie d’Egypte. Si la tranquillité abbatiale du Havre est le Ying, la communauté septuagénaire – et plus si assiduité – est son Yang.


Les p'tits vieux des HallesLes Halles. Le lieu idéal pour assouvir ses pulsions de bobo/bobio avec l’assurance de remplir son cabas de produits d’une qualité susceptible d’attirer les plus exigeants, parmi une rare densité de commerces et une ambiance de foire alimentaire. C’est aussi des trottoirs dégueulant de terrasses bondées quand il fait beau – quand il fait gris quoi – à devoir slalomer entre cannes et chaises, pour finir les pieds dans le caniveau. Bref, un lieu de vie toujours vivant sur LH, suffisamment pour qu’on le souligne, qui fait envie mais qui tourne vite au cauchemar. Ce poumon socio-commercial est en réalité le territoire du gang le plus redoutable du Havre : celui de la mafia sénile qui a planté son dentier depuis des décennies absolument partout pour en faire une maison de retraite haut-de-gamme et élitiste, n’en déplaise aux plus jeunes.

Pour bon nombre, il est coutume de rentrer dans le supermarché des Halles pour acheter son pack de flotte, sa gamelle ou son bocal de cornichons sans voir le moindre client à la caisse. On se félicite alors d’avoir le bon sens d’y aller à une heure creuse pour être peinard. Qu’à cela ne tienne, deux minutes en magasin suffisent pour que papy et mamie, sortis de nulle part, nous tendent une embuscade en déchargeant leur panier devant nous. Attendons donc sagement notre tour – nous ne sommes pas des sauvages après tout – en priant pour que la mémé derrière ne quémande pas pour passer légitimement avant nous et notre stupide bocal. Le ticket sort, ça devient bon. Raté. C’est le top départ pour que le troisième âge, après avoir pris des nouvelles de l’hôtesse comme si c’était sa propre fille, se mette à trier coupons de réduction et pièces de monnaie, forcément nombreuses mais introuvables. Ça, c’est le midi. Le soir, la population double – arpenter les rayons à l’heure de pointe doit être sans doute plus agréable – et les caisses prennent des allures de station essence pendant une pénurie, quitte à vous bousculer hargneusement, afin de vous montrer sans détour que vous êtes chez eux et que vous les gênez. L’ambiance devient malsaine et on s’empresse de quitter cette antichambre de l’Enfer.

Les p'tits vieux des HallesSi on a le malheur d’être venu en bagnole, après avoir sagement attendu que ce petit vieux – qu’on a bien identifié avec son béret et son compteur bridé – ait fini ses 72 manœuvres pour parfaitement se garer afin que vous puissiez enfin passer, ce n’est hélas pas fini. On maudit la terre entière quand l’ancien vous grille la priorité à droite. Mais pardonnons le : on doit bien lui accorder  son manque de bonnes manières qui disparaissent avec l’âge, sous peine de passer pour un brigand, un voyou ou une racaille. Après tout, il ne nous aura sans doute pas vu, le Code de la Route étant sûrement différent à l’époque où on lui a délivré la tablette gravée au burin qui lui sert de permis. Il est âgé et on doit le respecter, en bon habitant pétri de civisme. Sauf que lui il n’en a plus, de civisme, tout simplement parce qu’il s’en fout. Il est retraité, il l’a bien mérité, alors il a tout les droits et on doit tout lui accorder. Un comportement généralisé à outrance et valable en tout circonstance, tel un pass VIP brandi à tous les coins de rue. Soit. Râler ne nous permettra pas d’échapper à la vieille qui se jette sur la route en vous bloquant le passage à grands coups de canne, sans oublier de vous réduire en cendres de son regard méprisant et supérieur. A croire qu’ils se sont passé le mot pour vous casser les noix et se déplacent avec une organisation parfaitement bien huilée à la Truman Show. Leur passe temps favori.

Si l’on prend l’exemple des Halles pour fulminer contre le côté obscur de la vieillesse, c’est bien pour illustrer un problème de masse qui s’applique à toute la ville. Au risque de paraître discriminant, c’est une caricature pourtant  bien réelle : les vieux sont partout et se sont logés au sommet de la chaîne alimentaire havraise. Il n’y a pas d’équilibre, et encore moins d’interaction, entre la jeunesse et les anciens. Le Perret est le fief imprenable de leur roucoulante retraite d’où ils n’hésitent pas à appeler les flics à 21h58 pour gueuler, à grands renforts de postillons, sur le bar d’en bas au moindre rire un peu trop joyeux qui résonne entre les tours. La vie n’est pas la bienvenue dans cet hospice géant qu’est le centre-ville. Alors, si vous voulez roupiller en silence de bonne heure, vous en avez le droit. Après tout c’est bien connu, vous avez vécu les bombardements donc on vous doit bien ça, mais votre légitimité préhistorique ne doit pas vous autoriser le luxe d’avoir tous les avantages du centre-ville sans quelques inconvénients. Au pire, retirez vos prothèses auditives pour dormir et n’oubliez pas de prendre au passage votre complément de tolérance – 3 cachets par jour, matin, midi et soir – envers la jeunesse qui fût jadis la vôtre dans un coin de votre mémoire.

Ce quotidien, qui parlera à certains et esquissera un sourire à d’autres, fait pourtant appel à un triste constat. Si Le Havre reste tant ancrée dans le passé, bien qu’officiellement résolument tournée vers l’avenir, c’est parce qu’elle est à l’image de sa population : vieille et assoupie. En cause, le Papy Boom, marchand de sable de ce siècle, qui touche sévèrement Le Havre. Toutefois, le problème réside dans la mentalité et la logique comportementale de ce vieux conflit inter-générationnel latent qui n’a pas pourtant pas lieu d’être. Au fond, on a rien contre vous. Si seulement vous étiez plus tolérants, on vous fouterait volontiers la paix.

« Ah, les jeunes ! »


Halles Centrales

6 réactions sur “Les p’tits vieux des Halles

  1. les petits vieux aident leurs enfants et petits enfants financièrement , heureusement qu’ils sont là , foutez leur la PAIX !

  2. PARFAIT ! Pour rendre justice aux petits vieux la plupart des riverains aigris sont des trentenaires/quarantenaires, ce qui est encore bien pire !!

  3. Vivant dans le quartier, je vois à quoi vous faites référence. Les petits vieux ne respectent pas non plus les passages piétons, ni les stops quand ils conduisent, c’est exaspérant. En ce qui concerne le bruit et autres nuisances des bars alentours, je fais plutôt partie des quarantenaires non pas aigris mais qui en ont assez d’être obligés tous les matins de contourner les plaques de vomi du Mac Daids sur le trottoir. A noter aussi, les filles qui viennent de l’eau tarie pour pisser entre les voitures de notre parking, eh oui, il y a des balcons qui donnent sur ce parking, si vous pensiez ne pas êtres vues, c’est rate! Dans le même genre, nous retrouvons aussi des marres de pisses dans le renfoncement des entrées des immeubles de la rue Paul Doumer. Alors, avant de parler de civisme et de fustiger les petits vieux, balayez devant votre porte, ramassez le vomi et la pisse avant d’aller vous coucher!

  4. Bien vu Flovita76, de quoi alimenter un potentiel article sur « Les p’tits cons » !

  5. Oui mais quand même avouez que les vieux…se croient tout permis. Et les courses aux heures de pointe pour se taper la jacte et nous embouteiller le caddy……

Et vous, vous en pensez quoi ?