La Petite Rade, dernière escale avant le Bout du Monde

20160413_173445Il aura fallu attendre le mois d’avril pour que le mercure normand passe le timide seuil des quinze degrés. Un signal sonnant la fin de l’hibernation pour les havrais, qui n’attendaient fébrilement qu’une chose : raccrocher manteaux et écharpes pour profiter des premiers rayons de soleil autour d’un godet en terrasse. Les restaus de la plage remettent le couvert et les piliers de bar du centre-ville migrent vers le front de mer, guidés aveuglément par le mélange odorant des embruns et d’une mousse fraîche. Tout le monde se retrouve alors pour célébrer le début de la saison, en allant faire tinter les glaçons de son verre face à la mer, dans le temple de la soif estivale le plus populaire qui soit : La Petite Rade.


C‘est le même exode estival qui a lieu chaque année. La plage reprend ses droits après avoir laissé ses galets dormir tout l’hiver et La Petite Rade, nichée sous l’hôtel Les Voiles, retrouve ses aficionados dès les premier rayons. Les actifs viennent se détendre en after work, bientôt rejoints par les étudiants empressés de finir l’année pour s’en jeter quelques uns sur les marches boisées. La Petite Rade l’été, c’est le repère branché des voileux et des bobos. On y retrouve les Ray-Ban et les polos. Mais pour le reste de l’année et depuis bien avant, c’est surtout le meet point des surfeurs et de tous les amateurs de sensations à sang froid, prêts à enfiler leur combi et sortir leur planche un dimanche pluvieux – car oui La Rade est un des rares établissements havrais ouvert le dimanche – pour apprivoiser les vagues glaciales. Fût un temps, il s’en aurait fallu de peu pour que ce bar au plafond bas et à l’ambiance insulaire fasse du Havre un spot de glisse à lui seul.

20160413_203555Mais maintenant que le printemps s’installe, les m’as-tu-vu viennent parader, draguer ou profiter du ballet des porte-conteneurs dans le soleil couchant. Dans tous les cas, on y passe un moment hors du temps à vagabonder sur la plus grande terrasse qu’un rade havrais puisse offrir, en échange d’un euro de consigne, premier signe d’un bar qui perd de son charme pour prendre des airs d’usine pendant les heures de pointe. Les soifs s’étanchent, les regards aux reflets de noir vitré se croisent, les estomacs finissent par gronder et on succombe à la carte alléchante des tapas de l’établissement. Quesadillas, bruschettas et burgers feront surgir votre instinct d’animal afin de trouver une table libre parmi la foule affamée. Au final, vous ferez vous aussi la queue pendant un bon quart d’heure pour succomber à vos pulsions, pour simplement recevoir un bipeur à qui vous remettrez l’issue de votre satiété. Car les vrais savent : cet engin infernal sera détesté, jusqu’à que sa sonnerie libératrice vous indique le moment fatidique d’aller chercher votre plat dans les monte-charges de la Rade.

20160413_204923Alors si vous avez eu bonté d’esprit d’éviter le mojito insipide, qui vous coûtera quand même un billet de 10 euros avec la consigne, il est probable que vous refassiez le monde jusqu’à minuit : l’heure de foutre le camp pour laisser les résidents des Voiles dormir. Les jusqu’au-boutistes migreront alors vers L’Abri Côtier, pour deux heures de sursis. Les autres n’auront plus qu’à rêver inlassablement du spectacle du soleil emportant leurs soucis de cette journée au-delà du Bout du Monde.


La Petite Rade

3 chemin de la Mer, Sainte-Adresse

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