Portrait #04 : Julie Aubourg et son objectif surréaliste d’Auguste Perret

Auguste Perret. Un illustre bonhomme et une mascotte locale dont le nom est gravé dans ses piliers de béton brut, fidèle au caractère de ceux à qui il a légué ses tours. Un nom qui ne cesse de resurgir lors des conversations sur la forte identité de notre ville. Perret a donné un nouveau souffle à un Havre meurtri, dont l’âme est maintenant enracinée dans le quotidien de ses habitants. Qu’il flatte ou viole la rétine, le travail de cet architecte visionnaire et populaire n’est plus à présenter. Et pourtant, cette source inépuisable d’inspiration continue de susciter des vocations. Nous avons été à la rencontre de Julie Aubourg, photographe plasticienne fascinée par l’oeuvre de Perret. Elle a accepté de partager avec nous sa vision de son architecture qu’elle retranscrit au travers de son objectif. Retour sur l’interview débordante d’une photographe passionnée, dont le talent donne vie aux lignes droites de la silhouette bien connue de notre centre-ville.


Julie,Julie Aubourg 2

Qu’est-ce qui t’as amené à devenir plasticienne photographe ?

« C’est un truc que j’ai toujours eu en moi. Petite j’étais déjà fascinée par l’architecture, les musées, les motifs, l’histoire, les collections… et durant plusieurs années j’ai pu expérimenter divers médiums comme la peinture, la photo, la vidéo, la couture, les volumes et les installations.
En parallèle je suis allée au lycée Saint-Vincent de Paul où j’ai découvert les joies de la communication et l’utilisation des logiciels comme Photoshop, Indesign et Illustrator : un enseignement qui me sert tous les jours dans mon travail.
Pendant et à la suite des beaux arts, j’ai eu la chance de pouvoir m’essayer sur de grands volumes, travailler sur la répétition et la collection. Petit à petit les gestes répétitifs et l’accumulation sont devenus mon procédé de travail, à laquelle s’ajoute la photo et immanquablement l’architecture si caractéristique du Havre, dans une ligne de conduite qui prend forme géométriquement et qui rythme l’espace.

Je souhaite retranscrire ma vision de l’édifice et en faire émerger une sensation. À travers la photo et l’accumulation, il prend une autre forme : il grandit, passe un message, démontre son importance et finit par créer sa propre abstraction, devenant une image psychédélique. »

Tu as grandi au Havre. En quoi la ville te pousse à sortir ton appareil photo au quotidien ?
« À force d’entendre les gens dire que le Havre est gris, à l’image de ses cartes postales toutes aussi grises et tristes, j’ai décidé de créer la série Horizons pour mettre en valeur ma ville. J’ai voulu montrer le plus fidèlement possible la beauté de ces paysages qui font notre quotidien et rappeler aux gens de s’arrêter un peu pour apprécier ce qui nous entoure. Dans cette série au format carré, il y a une ligne conductrice centrale qui relie les photos entre elles. Il y a le ciel, la terre, et ce que l’Homme construit entre les deux, qui est tout aussi important : si important que j’ai décidé de bosser sur l’architecture du Havre, qui est sacrément inspirante.

J’ai recours à plusieurs medium, photos d’archi, reproductions, accumulations et collages. C’est un travail varié résultant de différentes étapes et de gestes répétitifs qui me correspondent. Il y a une multitude de possibilités à explorer ! Pour l’instant, je crée avec ce qui fait la fierté de notre ville, jusqu’à pousser l’architecture Perret et ses lignes dans des compositions surréalistes. »

On t’a vu dernièrement dans l’archibox #02 et dans l’expo « ILUSTRACIONES » au Mascarade shop.  Peux-tu nous parler de ton travail avec la bibliothèque Armand Salacrou ?

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Crédit photo : Julie Aubourg

« J’ai rencontré Lucile Haguet, Chef du service Conservation et valorisation du patrimoine qui, après avoir découvert mon travail lors de l’exposition collective à La Cave à bières, m’a proposé la réalisation d’une fresque murale pour la bibliothèque Armand Salacrou. C’est une première pour moi, car le projet implique de passer au grand format – un mur de 3,75 par 04 mètres. J’y ai composé une accumulation montante et rythmée d’immeubles Perret avec un clin d’œil au volcan d’Oscar Niemeyer. Ce collage répond aux structure dynamiques du scénographe de Raoul Dollat : les deux s’assemblent et se répondent pour créer un espace dynamique et moderne. C’est un lieu qui dans sa fonction donne du sens à mon travail. En tant qu’havraise, c’est un honneur qu’il soit affiché dans un lieu aussi riche en histoire et lié au patrimoine havrais. »

 

Comment comptes-tu faire évoluer ton travail par la suite ?

« Je fais des recherches et m’intéresse de près aux volumes. Les heureux propriétaires de l’archibox #02 ont pu d’ailleurs découvrir l’ébauche d’un pop-up. C’est un format à développer mais j’aime vraiment cette idée de magie en faisant apparaître puis disparaître des scènes, tout en créant du mouvement. C’est un esprit qui correspond à l’histoire du Havre, à l’émergence d’une ville nouvelle suite à sa destruction. Pour cette série, je voudrais ajouter des éléments complémentaires à l’architecture comme la mer, les bateaux, le ciel, les oiseaux et les usines, afin de mettre en images et en mouvement la vie des havrais. Par ailleurs, j’aime varier les supports, les lieux et travailler sur des projets collectifs. Je participe à l’appel à projet « Crêpe Suzette » des Editions Cabane qui sortira à la fin du mois. D’autres collaborations sont en cours mais tenues secrètes pour le moment, notamment avec l’association Les Amarts, qui prochainement va vous en mettre plein la vue ! »


Un message plus personnel à faire passer ?
« Ce sont les habitants d’une ville qui en font la grandeur et franchement, je suis fière de voir ma ville remplie d’initiatives, alors merci et bravo à tous les acteurs motivés et passionnés, ainsi qu’a tous ceux qui soutiennent toutes ces actions, événements, projets… C’est grâce à tous que notre ville est si agréable à vivre !
 Merci Julie !

Vous pouvez admirer le travail de Julie Aubourg à la bibliothèque Armand Salacrou. Dorénavant, peut-être verrez vous différemment les lignes d’Auguste et, si vous prenez le temps, il se pourrait que vous aperceviez l’objectif de Julie à l’angle de la rue, en train de rendre surréaliste la plus rationnelle des architectures.
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Et vous, vous en pensez quoi ?