De la bière havraise dans les fûts de Mathieu Pays

Depuis plusieurs années, Le Havre n’a cessé d’entreprendre de profondes mutations afin de chercher son identité. Une identité qui ne cesse de s’affirmer à travers son patrimoine, sa culture et son histoire. Certains s’engagent toujours à marquer la différence dans une ville qui se cherche encore. L’un d’eux, Mathieu Pays, a apporté sa pierre à l’édifice identitaire havrais en concrétisant le rêve de certains : déposer sa marque de bière made in Le Havre.


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La rumeur courait. Un certain Mathieu Pays avait ouvert sa brasserie et allait lancer sa gamme de bières havraise. Il aura fallu nous le répéter à deux reprises : Le Havre allait-il avoir sa marque déposée sur l’alcool le plus populaire qui soit ? Blonde, brune, rousse, pétillante ou enivrante : seule une havraise pouvait nous séduire autant que cette idée. Nous avons donc décidé de nous rendre au lancement de ses deux premiers nectars, la Danton et la Mare Rouge, à La Cave à Bières. Un coup de pouce de son gérant, Pierre Lenoir Vaquero, qui a conçu le design des différentes étiquettes et a aidé le courageux entrepreneur à se lancer. Nous avons alors rencontré Mathieu, qui a accepté de nous faire visiter sa brasserie et de nous en dire davantage sur son projet. Une bière différente pour chaque quartier du Havre, voilà l’idée retenue pour affirmer le caractère havrais de son breuvage.

Reconnaissons que le projet de lancer sa propre bière est risqué car le marché est ultra-concurrentiel. Les quelques tireuses à bière de nos bars fournissent, au mieux un ou deux élixirs belges dont la qualité est reconnue de tous, au pire de la pisse de chat refourguée par des grossistes qui mettent la pression. Seuls quelques bars indépendants comme Le Trappist ou Le Vent Couvert réussissent à contenter les amoureux de la bière dans un nuage de houblon.

Alors Mathieu, qu’est-ce qui t’a motivé à lancer ce projet ?

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« C’est un parcours de reconversion professionnelle. Le projet était à la base la création d’un bar avec des produits 100 % normands. Ce projet n’a jamais vu le jour à cause des difficultés pour trouver un local, faute de loyer et d’un d’emplacement susceptible de convenir à un partenaire financier. Étant amateur de bières, j’ai donc décidé de me recentrer sur le produit et de faire une formation pour ajouter des compétences à l’envie. »

L’iniative est noble, et Mathieu nous prouve au fil de la discussion que son bébé est le fruit d’une réflexion bien aboutie, réfléchie et enrichie par son parcours. Mais, bien qu’étant un poumon économique, Le Havre n’est pas une ville d’opportunités pour ce genre d’activité. On le voit tous les jours en passant devant les vitrines vides et sombres. On sait pertinemment qu’il est difficile pour un commerçant ou un entrepreneur seul de s’installer : les loyers sont hors de prix et la Ville se bouche les oreilles quand on lui parle de commerce lié à l’alcool.

Quelles difficultés as-tu rencontré pour mener à bien ton projet ?

« J’ai dû trouver un local qui réponde aux contraintes techniques liées à l’activité et qui soit situé sur la ville du Havre. Et puis bien sûr les difficultés liées aux premiers brassins, quand la qualité n’est pas au rendez-vous après deux longs mois d’attente… »

Une bière signée LH qui porte notre caractère donc. Voilà un projet audacieux de se lancer comme brasseur et de concevoir du premier coup une bière qui plaira au palais affûté des havrais, qui attendaient ce nectar impatiemment. Tout un art ! Mais au fait, si cette bière est 100 % LH, peut-être pourra-t-on la trouver dans le guide du tourisme 2017 ?

OLYMPUS DIGITAL CAMERAEn quoi tes bières sont-elles made in Le Havre ?

« Tout le processus, du brassage à la distribution en passant par l’embouteillage, sont assurés par la Brasserie PAYS. Un des objectifs à moyen terme est de diminuer l’empreinte carbone du produit en cultivant des variétés de houblon ici même et de trouver un malteur qui puisse travailler les céréales de la région. »

On attend donc des investisseurs qui partagent cette philosophie et qui seraient prêts à mettre leurs chopes dans l’aventure.

Les havrais sont-ils au rendez-vous ?

« L’accueil des Havrais est très bon et c’est très encourageant pour continuer à travailler la qualité des bières. Pour l’instant la brasserie ne produit pas suffisamment par rapport à la demande, donc il faudra faire le maximum pour la satisfaire au mieux. »

Mathieu est victime de son succès, provisoirement espérons le. Pour le moment, on peut trouver la bière PAYS à La Cave à Bières et au Local Shop. La production n’est pas encore suffisante pour qu’elle arrive jusqu’aux tireuses de nos bars, mais peut-être pourrons-nous, un jour, savourer une Mare Rouge au comptoir des Zazous ou une Porter Océane en terrasse de l’Eau Tarie ?

As-tu des projets pour développer ton initiative ?

« Une fois le process bien stabilisé, il faudra essayer d’optimiser la productivité, notamment en investissant dans du matériel aidant à augmenter les rendements sur les phases d’embouteillage et d’étiquetage, afin de dégager plus de temps pour brasser plus. La brasserie diversifiera la gamme avec de nouvelles recettes, saisonnières ou pas ! A plus long terme, la structure pourrait évoluer en « brewpub », générer donc des emplois et devenir producteur et distributeur. Mais il reste encore pas mal de chemin avant de déguster des bières artisanales havraises à la pression ! »

Voilà ce qui pourrait être une belle conclusion à cette initiative prometteuse que Mathieu a entrepris et qui prouverait que Le Havre n’est pas allergique à de nouveaux concepts qui sortent de l’ordinaire. Un brewpub dans le centre c’est possible, nos papilles s’en réjouissent déjà, si seulement les proprios du Perret arrêtaient de claquer la porte quand leur vient l’odeur de la mousse. En attendant Mathieu, à quand le pack de six ?


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Et vous, vous en pensez quoi ?