Le Havre dans 10 ans, du fantasme à la réalité

2026.

Presque une décennie depuis que Le Havre a fêté ses 500 années d’existence. Une célébration sans précédent dans l’histoire de la ville que la mairie avait soigneusement préparé des années à l’avance avec, à l’époque, un lifting important de ses accès, de son espace Niemeyer et un quai Southampton réanimé. Les artistes havrais s’étaient mobilisés en participant à une exposition collective d’envergure exceptionnelle, un hommage à la hauteur de leur affection pour leur ville. Cerise sur le gâteau, le Royal Deluxe et ses géants avaient fait leur retour tant attendu pour une parade dont l’ambiance était digne d’une coupe du monde de football. Un événement gravé dans l’esprit des havrais pour la vie.

Crédit photo : www.saisonmenu-architectes.com

Dix ans se sont écoulés donc, amenant avec eux leur lot de changements : certains bénéfiques, d’autres inévitables. Suite à la croissance exponentielle du réchauffement climatique, les grandes conventions ont été appliquées dans les grandes villes de France afin d’endiguer la pollution. Au Havre, la centrale thermique d’EDF est devenue obsolète et a fini par être démantelée. La silhouette bien connue de ses cheminées à disparu de la ligne d’horizon emblématique du Havre, remplacée par un parc éolien offshore qui a finalement vu le jour.

Ceinturé par les usines, Le Havre s’est vu dans l’obligation de végétaliser à outrance ses voies, ses espaces et ses toits. C’est ainsi que même le sacro-saint Perret havrais fut recouvert d’un chapeau de gazon vert. Une victoire sur le labyrinthe des conventions architecturales, à faire bouder les architectes de France. Le niveau de la mer s’est mis à croître lentement et un institut de surveillance maritime a fait de la Manche sa passion dans les hauteurs de Sainte Adresse, non loin des anciennes oreilles de Mickey. En prévention, les grands bassins ont été équipés d’écluses et ne sont plus librement soumis aux marées.

Telle une machine politique inébranlable, le Grand Paris s’est développé. L’axe ferroviaire Paris – Le Havre est devenu un vrai boulevard et l’aéroport d’Octeville s’est développé pour accueillir de nouvelles lignes, privées pour la plupart. Le trafic fluvial a  triplé et la Seine est devenue une autoroute saturée d’échanges de marchandises. Le Havre est devenu le bras armé de l’économie parisienne.

Même si Les Havraisemblables, nouvelle mafia havraise, ont installé leurs quartiers en haut de la tour de l’Hôtel de Ville et se sont mis à gangrainer la politique, c’était inéluctable : Le Havre est devenu le nouvel eldorado des parisiens. La population d’Ile-de-France se déplace lentement chez nous. On parle carrément d’exode pendant les week end. Pour la première fois depuis un demi-siècle, la courbe de population est à la hausse. La ville est étouffée par sa configuration géographique et ne parvient plus à se développer, enclavée par la mer et les zones d’activité commerciales pullulantes. Le taux de chômage reste alarmant malgré l’installation de sièges d’entreprise et les inégalités sociales se creusent, renforcées par l’arrivée des nouvelles fortunes.

La ville sort peu à peu de son image de cité ouvrière et industrielle. Le tertiaire se développe à grands pas. Le quartier de Sainte Adresse devient le nouvel arrondissement des très aisés entraînant une envolée de la taxe d’habitation. Le centre-ville est investi plus qu’il ne l’était déjà par des investisseurs parisiens fortunés : Perret est redevenu à la mode, jusque là jalousement protégé de ces touristes d’un nouveau genre. Le centre dont on rêvait s’est tout de même concrétisé et est revenu à la vie. Les locaux libres et austères ont fait place à de nouveaux commerces accueillants et dynamiques. Les grandes enseignes côtoient les petits artisans. Les premières boutiques de luxe font même leur arrivée. La rue Victor Hugo a été rendue piétonne, une victoire de l’association des commerçants des Halles Centrales ayant gonflé son influence avec l’arrivée de nouveaux artisans et l’affluence des piétons.

LH dans 10 ans

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Le nouveau pôle universitaire s’est développé entre les docks Vauban et le quartier Saint Nicolas, formant un arc dynamique avec le site Lebon. L’offre de formations a doublé et les étudiants tentent enfin leur chance au Havre. La balance des générations s’équilibre et, victoire, les bars ferment maintenant à trois heures. La réhabilitation du Bassin du Commerce a permis l’arrivée de péniches commerçantes renflouées par des investisseurs envieux de reproduire le succès parisien. On peut enfin bruncher le dimanche, sur la terre ferme ou sur le bassin, si l’âme d’un marin nous habite.

Il ne manquait plus que les touristes qui ont fini par s’apercevoir qu’il y avait une ville entière au pied de la passerelle de leur paquebot. On croisait les croisiéristes il y a dix ans, lorsqu’ils prenaient la navette au départ de Paris. On les raillait même parfois, lorsqu’ils étaient perdus en sortant de leur palace flottant, mais l’office de tourisme trouve enfin son public mérité. Cafés et restaurants ont poussé comme des champignons, en particulier sur le front de mer. La plage est maintenant animée toute l’année et nos traditionnels restos saisonniers ont du mal à se tailler la part du gâteau, renonçant au privilège qui leur était du pendant si longtemps.

En dix ans, la ville est devenue plus attractive. Le Grand Paris a amené avec lui ses lingots et ses colons capitalistes. Une franche poignée de main entre Le Havre et la capitale qui, ayant rendu accessible ce paradis introuvable, aura tout de même amené les solutions pour nous sortir de l’image de marais industriel. Le Havre a vendu une partie de son âme au Diable pour sortir de son adolescence. On en rêvait il y a dix ans, était-ce mieux avant ? La Californie et ses vices à deux heures de Paris.

Et vous, comment voyez-vous LH dans dix ans ?

Vos réactions sur “Le Havre dans 10 ans, du fantasme à la réalité

  1. Proche de la retraite, je réalise mon rêve de quitter définitivement cette ville dont les quelques monuments et rues rénovés il y a une dizaine d’années n’auront jamais été entretenus et dont les derniers commerces de proximité auront disparu.
    Certains commerçant commencent à apprendre l’anglais et à envisager d’ouvrir leur échoppe le lundi pour accueillir les quelques touristes échappés des derniers paquebots de croisière.
    La ville du Havre n’ayant jamais réussi à synchroniser les feux de circulation, des sous-terrains sont aménagés en entrée de ville pour fluidifier la circulation.
    Peu après la fermeture du Printemps, le nouveau centre commercial situé à côté de Dresser ferme ses portes.
    La ville perd encore plus de 1000 habitants par an.

Et vous, vous en pensez quoi ?