Lettre au Père Noël

Cher Père Noël,

Ton jour est arrivé, et une fois n’est pas coutume, je m’adresse de nouveau à toi cette année.

J‘ai bien reçu les jouets que tu m’as envoyé par porte-conteneurs entiers. Tu es un sacré petit malin, ton traîneau ne doit pas être si chargé que ça finalement ! Je te comprends : tes lutins sont débordés et tu es obligé de sous-traiter si tu veux assurer les délais et mettre quelques pièces de côté à la fin de l’année. Ton usine serait-elle passée en bourse elle aussi ? Je tiens tout de même à te faire honneur : j’ai installé mes guirlandes depuis au moins trois mois – juste au cas où tu passerais en avance – et j’ai ressorti ma grande roue pour patienter jusqu’à aujourd’hui.

Honnêtement, je pense avoir fait de mon mieux pour me mettre en valeur cette année. Cela dit, tu sais à quel point on peut se montrer ingrat avec moi. J’ai toujours l’air d’un marginal aux yeux des autres. On me regarde d’un oeil douteux, comme le dernier de la classe. Il y a quand même du changement, je sens qu’on commence à parler de moi et à vouloir me porter vers le haut. Certains illuminés ont même récemment crée un média qui m’est dédié. Je crois qu’ils sont amoureux de moi. Il faut dire que je me suis montré bienveillant cette année, je me suis ouvert aux autres. Tiens, j’ai même accueilli le Tour de France et la Transat Jacques Vabre !

Bon d’accord je ne suis pas en reste. On m’a offert un tram tout neuf, un beau stade et un nouveau circuit que j’ai installé dans l’entrée avec plein de nouveaux feux rouges. C’est chouette, mais tu sais bien que je ne suis pas aussi matérialiste que ceux qui me les ont offert. Bien que ces cadeaux aient été habilement emballés, il n’y a qu’avec mon tram que je m’éclate. On continue de faire de chez moi une belle vitrine pour que ceux qui viennent soient impressionnés, mais finalement, l’essentiel n’est-il pas ailleurs ?

Par exemple, si tu avais la bonté d’offrir un peu de tolérance à certains de mes colocataires vieillissants et une main plus avisée pour revoir ma charte de la vie nocturne, cela rendrait mes insomnies plus animées. Évidemment il faut en faire pour tout le monde, alors si tu pouvais me ramener des commerçants dans le centre-ville, peut-être qu’on arrêtera de jouer à « Qui sera le prochain à fermer sa boutique ? ». A ce train là, on ne pourra bientôt plus créer le Monopoly havrais. Tu m’as quand même écouté avec l’ouverture du Café Transatlantique, depuis lequel je t’écris. Bien joué.

Par dessus tout, rend mes havrais plus optimistes, investis, curieux des autres et surtout d’eux-mêmes. Tout le reste m’est inutile s’ils continuent de baisser la tête en marchant dans la rue. Pourquoi ne s’émerveillent-ils pas devant tout ce que je leur mets sous le nez ? Oscar et Auguste avaient été pourtant généreux à l’époque pour me refaire ma garde-robe.

J‘espère qu’en lisant cette lettre tu réaliseras que je prends tout de même bientôt 500 ans. J’ai entendu dire qu’on préparait quelque chose d’assez grandiose pour mon anniversaire. Se pourrait-il que mes havrais soient enfin unis et fiers de moi ?

                                                      Joyeux Noël,

                                                                                                                Le Havre


Lettre au père Noel

Et vous, vous en pensez quoi ?