Le Volcan est-il toujours l’épicentre de la scène havraise ?

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Un tsunami médiatique à encore déferlé sur Le Havre. Il n’aura échappé à personne que la nouvelle bibliothèque Niemeyer a ouvert ses portes la semaine dernière, dans un Petit Volcan rénové à l’extrême. Au programme : caméras, cravates et champagne dans un rassemblement bling-bling qui agite la presse havraise. Mais qu’en est-il du Grand Volcan, rénové au début de l’année ? A priori discret, est-il toujours l’emblème de la culture du Havre ? Nous avons pénétré ses murs afin de redécouvrir ce lieu de culture qui semble assoupi. Retour sur notre rencontre avec une partie de son équipe.


LE PETIT VOLCAN RÉVEILLÉ, SON GRAND FRÈRE TOUJOURS ASSOUPI ?

Lundi 02 novembre. Direction la colombe de Niemeyer. La presse et les costards s’attroupent en cette fin de matinée devant les vitres encore immaculées d’une bibliothèque flambant neuve, comme des mouettes attirées par l’odeur de La Frite à Victor. A notre tour de passer les barrages de la police municipale, mais pour prendre la direction opposée : celle de l’entrée des artistes du Grand Volcan, pour une visite avec Damien Gallot, le régisseur général.

Une initiative pour redécouvrir un lieu que l’on oubliait. Car oui, on n’entendait plus parler du Volcan. Que devient-il ? A-t-il toujours son succès d’antan ? Est-il toujours symbole de la culture havraise ?

On se surprend à devoir imaginer ce qui se passe sous sa robe opaque, et on se demande si ses fauteuils sont toujours occupés. Le Volcan nous semble conserver son image vieillissante de lieu culturel destiné à un public élitiste, venant franchir ses portes-cargo un vendredi soir pour voir leur pièce de théâtre mensuelle. Notre Scène Nationale est-elle toujours seulement vouée à recevoir les écharpes ostentatoires et les cols roulés ?


LE VOLCAN ET SON PUBLIC HAVRAIS, ENTRE COMMUNICATION ET IDÉES REÇUES

OLYMPUS DIGITAL CAMERANous avons rencontré Cécile Choblet, la responsable de communication du Volcan, qui a bien voulu échanger avec nous sur sa situation au Havre. L’occasion de lever nos interrogations et de bousculer nos idées reçues.

Cécile, en quoi la rénovation de l’espace Niemeyer, en particulier du Volcan, était nécessaire ?

“Pour Le Volcan, il y a plusieurs points importants :

L’acoustique de la salle : avant, la moquette et le béton réduisaient les possibilités sonores. Maintenant le bois et le plafond modulable permettent de s’adapter aux propositions : il y a une configuration acoustique, pour la musique classique, et une configuration pour le théâtre, danse, cirque, musique amplifiée, etc.

Des points de sécurité par rapport à l’accueil du public ne pouvaient plus être compensés et nécessitaient une refonte des accès, aussi bien en salle que pour les sorties du bâtiment.

Il n’existait pas d’accès pour les Personnes à Mobilité Réduite. Maintenant nous avons deux ascenseurs pour accéder au deux niveaux de la salle.

Pour le côté invisible au public il y eu une rénovation complète des techniques utilisées pour la réalisation des spectacles. Numérisation, mécanisation, automatisation, etc. Le Volcan est une des salles de spectacle en France les mieux équipées techniquement.”

Effectivement, notre visite confirme une refonte totale des lieux, qui assure maintenant un confort optimal pour le visiteur. Mais avec son petit frère passé aux mains de la mairie, le Grand Volcan se retrouve unijambiste dans sa capacité à attirer son auditoire, malgré sa toute récente et coûteuse rénovation.

En quoi la disparition du Petit Volcan en salle de spectacle vous gêne-t-elle ?

“Avoir une salle de plus petite jauge permet à la Scène nationale de remplir une de ses missions essentielles : la diffusion de la création contemporaine et la possibilité d’accueillir des artistes en résidence. Sans cette possibilité là nous perdons une part de notre âme…

Dans le Volcan rénové nous avons essayé de palier au manquement d’un endroit plus petit et plus convivial par la transformation de l’espace bar en club ouvert pour certaines soirées. Il y aura des concerts intimistes ou des brunchs lectures, mais ce n’est pas suffisant.”

Les installations ne permettent donc plus de recevoir autant de monde. Mais le Volcan souffrait-il d’un manque de fréquentation avant la rénovation ? Si oui, la rénovation y a-t-elle remédié ?

“Le Volcan n’a jamais eu trop de problème de remplissage. Sa renommée et son emplacement très central en font un lieu accessible. Mais il faut bien reconnaître que la réouverture a permis de faire redécouvrir ce lieu à des personnes qui ne venaient plus. Les trois années passées au Volcan Maritime, dans l’ancienne gare maritime du Havre, ont un peu chamboulé notre public qui était heureux de revenir dans ce bâtiment rénové !”

Il est vrai que sa rénovation lui a permis par la même occasion de rappeler sa place de Scène Nationale. Mais son public lui, n’as pas subi le même lifting et garde sa réputation d’auditoire haut-de-gamme fidélisé à une programmation qui, dans les esprits, semble avoir besoin d’un dépoussiérage. Le public du Volcan semble se suffir à lui-même. Il semble donc inutile de communiquer pour le renouveler.

Y a-t-il une volonté d’attirer un public plus jeune au Volcan ? Si oui, quelles sont les initiatives ?

“Oui bien sûr ! Le challenge c’est de transformer la première venue avec le collège ou le lycée en venue volontaire et curieuse ! Depuis trois ans nous nous occupons de la saison pour les tout-petits que la Mairie gérait auparavant. Avec Le Volcan Junior nous avons repensé nos accueils et développé les propositions à destination des familles. C’est important de pouvoir sortir en famille, les horaires sont aménagés et nous avons plus de spectacles le samedi. La politique tarifaire favorise la venue avec les enfants : l’adulte qui vient avec son enfant a une réduction sur sa place. Pour les 15-25 ans, c’est plus un travail sur le terrain et de réseau. Par exemple,la FED’LH nous permet de les sensibiliser à ce qui se passe au Volcan.”

         

OLYMPUS DIGITAL CAMERALe Volcan remplit son rôle de lieu culturel pédagogique. Mais parlons-en des 15-25 ans, public qui décide d’animer son week end à la dernière minute, à la recherche de scènes dynamiques. Le Volcan ne doit pas paraître en tête de liste des lieux les plus branchés et qui, encore une fois, semble réputé pour passer inlassablement du théâtre et de l’opéra avec un billet réservé plusieurs mois à l’avance. Preuve que non, le Volcan accueille des spectacles destinés à tous et dans l’ère du temps, tel que Cirkopolis du Cirque Éloïze qui mélange habilement le cirque, le théâtre et la danse.

Le Volcan est-il toujours l’emblème de la culture havraise ? Ne souffre-t-il pas d’une image un peu vieillissante ?

“Le Volcan c’est une histoire qui date de 1961 avec Le Havre. C’est la première Maison de la Culture inaugurée par Malraux. Elle a eu plusieurs vies : en 1990 elle prend le nom “Le Volcan”, puis en 1991 elle devient une “Scène nationale”, label émis par le Ministère de la Culture qui valorise 70 scènes en France. Donc oui Le Volcan reste un des emblèmes forts de la culture au Havre. Son image est plus complexe à définir, je ne dirais pas vieillissante, mais je pense qu’elle ne correspond pas au dynamisme de cette structure qui se renouvelle sans arrêt et qui sait s’adapter à toutes les fluctuations qu’on lui impose. La Gare Maritime a été un moment important pour casser son image un peu élitiste. Nous avons posé des chapiteaux en ville haute, créé des interventions non estampillées Volcan dans la ville, etc.”

Si ce lieu emblématique de la culture est en mesure de s’adapter à son public, un fossé semble séparer les deux. Il se pourrait que le problème vienne d’une communication timide ou manquant de modernité.

La communication du Volcan est-elle efficace envers le public havrais ? Trouves-tu que les havrais, eux, y sont réceptifs ?

“J’entends souvent les havrais dire qu’ils ne sont pas informés. J’ai basé toute la communication du Volcan sur la curiosité, je me suis dit qu’il fallait faire confiance aux habitants, à leur curiosité, à leur envie de découvrir, de se laisser embarquer par une phrase ou un dessin. De la communication il y en a, classique, avec la brochure, le site web (www.levolcan.com) les affiches en ville, les tracts, les pubs numériques sur les panneaux Decaux, etc. Il y a aussi une communication plus souterraine via les réseaux sociaux : on est sur Twitter et sur Facebook. Et il ne faut pas oublier le travail invisible des relations publiques. On aura beau faire, la seule façon d’être informé avec certitude c’est encore de faire l’effort d’aller chercher l’information, du moins de la demander, et je ne saurais trop vous conseiller de vous inscrire à notre newsletter mensuelle. Elle vous permet en plus d’être informé des ventes flash !”

OLYMPUS DIGITAL CAMERALe Volcan communique autour de lui, mais peut-être de manière trop décalée pour son public pas encore réceptif. Une identité visuelle plus forte pourrait interpeller l’oeil critique d’un havrais manquant de curiosité, avec un logo identifiable et des brochures plus dynamiques. Son apparition récente sur les réseaux sociaux contribue à rattraper ce retard dans une ville franchement pas encore familiarisée avec les outils du numérique. Il semblerait que le Volcan et les havrais ne communiquent pas sur la même longueur d’onde, pour au final rater leur rendez-vous.

Pour finir, peux-tu nous parler un peu du projet GroundZ ?

“Quand nous sommes partis pour nous installer trois ans à la gare maritime j’ai cherché un moyen détourné de le faire savoir et de faire venir des habitants “à l’insu de leur plein gré”. J’ai imaginé un projet qui demande aux habitants du Havre de réinventer leur ville en la filmant. Le principe est simple : on filme une rue pendant trente secondes maximum, on poste sur notre chaîne YouTube et nous générons une google carte pour visualiser le chemin. Il faut également renommer la rue pendant le tournage. C’est un relais : le prochain film doit commencer là où la dernière personne s’est arrêtée. L’idée est de recréer une cartographie du Havre avec les noms imaginés par les havrais et des films qui reflètent leur personnalité ! J’avais imaginé que rapidement on serait capable de proposer une projection un soir à la Gare maritime, car c’est là que les personnes découvriraient le lieu.

Mais j’ai fait une erreur : j’ai pensé que ce projet participatif prendrait tout seul, à chaque fois que j’en parlais autour de moi tout le monde était emballé mais concrètement il y a eu très peu de participations. Je garde ce projet  www.groundz.fr actif parce que j’y crois et qui sait, peut-être aura-t-il une seconde vie !”

Délocaliser le Volcan sur le port et y amener les havrais, un pari audacieux ! Le faux départ du projet GroundZ, qui pourtant a les qualités requises pour dynamiser le Volcan et casser son image élitiste, semble être le symptôme d’un manque de vitalité du Havre : c’était trop demander de faire participer les habitants. Les havrais, au mieux font preuve d’un engouement trop timide et se sentent mal informé, au pire semblent être assoupis dans l’attente d’un miracle.

Alors amis havrais, après avoir lu que vous étiez peu réceptifs et manquiez de curiosité – mais quelle mauvaise foi ces Havraisemblables ! – il est temps de vous réconcilier avec notre bon vieux pot à yaourt. Les prochaines Portes Ouvertes sont programmées le 23 janvier prochain. À vos agendas !


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2 réactions sur “Le Volcan est-il toujours l’épicentre de la scène havraise ?

  1. Votre mauvaise foi n’est pas réelle les Havraisemblables, le Volcan EST un lieu élitiste qui ne veut pas plus de public qu’il n’a déjà, ne pas faire des événements facebook en 2015 alors que la majorité des gens s’informent des soirées par ce biais c’est se mettre en marge, pareil proposer si peu d’explication sur les spectacles et plutôt des présentations textuelles abstraites ne leur fera pas venir plus de monde…c’est vraiment dommage car quand on y va on se rend bien compte que les spectacles y sont de qualité mais la communication est d’un autre temps.

  2. Pas un mot sur/de la politique culturelle. Le lieu c’est une chose somme toute relativement secondaire, ce qui importe c’est qu’on y fait, on y programme et pourquoi. La coquille est belle? Peut-être (il serait temps!!!) mais elle est vide parce qu’elle ne sert qu’à programmer ce qui se décide ailleurs. A quand l’amputation de la grande salle transformée en « espace culturel Leclerc »? Ou en fnac? Pour y accueillir -enfin- le public populaire?

Et vous, vous en pensez quoi ?